Le président de la FIFA s’est exprimé mardi 5 mai à Beverly Hills sur la flambée des prix des billets pour le Mondial américain. Pour la finale du 19 juillet au MetLife Stadium, certains tickets atteignent 10 200 euros sur la plateforme officielle, et jusqu’à 1,85 million d’euros sur le marché de la revente. Réponse de Gianni Infantino : un hot-dog et un Coca pour qui paiera deux millions de dollars.
« Nous appliquons les prix du marché »
À cinq semaines du coup d’envoi, la facture donne le vertige. Pour assister à un match du premier tour, il faut compter à partir de 60 dollars (environ 55 euros), mais les places les mieux situées dépassent rapidement les 1 000 dollars. Et la finale, prévue le 19 juillet 2026 dans le New Jersey, se négocie au-delà de 11 000 dollars sur la plateforme officielle de la FIFA. Un bond spectaculaire par rapport au Qatar, où les billets les plus chers de la finale 2022 plafonnaient autour de 1 600 dollars selon les groupes de supporters.
Interrogé lors de la conférence du Milken Institute en Californie, Gianni Infantino a renvoyé la balle au marché américain. « Nous évoluons dans le pays où le marché du divertissement est le plus développé au monde, a-t-il déclaré. Aux États-Unis, on ne peut pas regarder un match universitaire pour moins de 300 dollars, sans parler d’un match professionnel d’un certain niveau. » Le patron de la FIFA a ajouté que la revente est légale outre-Atlantique et qu’un prix initial trop bas alimenterait mécaniquement le marché secondaire à des tarifs encore plus élevés.
La sortie qui passe mal
C’est la suite qui a fait grincer des dents. Quatre billets pour la finale ont récemment été proposés à deux millions de dollars pièce sur le site de revente officiel de la FIFA. Infantino a balayé l’affaire d’une pirouette : « Si quelqu’un achète un billet pour la finale à deux millions de dollars, je lui apporterai personnellement un hot-dog et un Coca-Cola pour m’assurer qu’il passe un excellent moment. »
La blague tombe à plat. Football Supporters Europe et Euroconsumers ont déposé fin avril une plainte conjointe auprès de la Commission européenne, accusant la FIFA d’« extorsion » et de « trahison monumentale » envers les supporters. Le grief porte notamment sur le système de prix dynamiques, qui ajuste les tarifs en temps réel selon la demande, et sur l’absence de plafonnement à la revente.
Pour les Français, la note risque d’être salée
L’équipe de France de Didier Deschamps figure parmi les favoris. Si elle atteint la finale, combien coûtera le déplacement à un supporter parisien ? Le billet d’avion Paris-New York oscille en juillet entre 700 et 1 200 euros aller-retour. L’hôtel à Manhattan dépasse largement les 300 euros la nuit pendant la compétition. Ajoutez le ticket de match, les transports locaux — un aller-retour vers le MetLife Stadium est facturé environ 150 dollars selon les associations de supporters — et l’addition flirte vite avec les 15 000 euros pour assister à un seul match du dernier carré.
Pour les phases de poules, c’est plus accessible. Les Bleus joueront leurs trois premiers matchs en juin, et certains billets de catégorie 4 réservés aux résidents du pays hôte démarrent à 60 dollars. Mais ces tickets sont rares et soumis à conditions. La majorité des supporters européens passent par les catégories 1 à 3, dont les prix démarrent à 200 dollars pour gravir rapidement les marches.
Un précédent qui interroge
La FIFA a annoncé fin avril qu’elle réviserait sa politique de billetterie pour le Mondial 2030, organisé en Espagne, au Portugal et au Maroc. Une manière implicite de reconnaître que la formule américaine pose problème. Reste que, pour 2026, le cadre est fixé. Infantino assume : appliquer les prix du marché américain à un événement mondial, c’est selon lui le seul moyen d’éviter que des spéculateurs ne raflent toute la mise.
L’argument se défend sur le papier. Il ignore qu’un supporter brésilien, marocain ou français n’a pas le pouvoir d’achat d’un cadre new-yorkais. À ce niveau de prix, la Coupe du monde devient un produit d’élite, réservé à ceux qui peuvent débloquer plusieurs milliers d’euros sur un coup de tête. Le hot-dog promis par Infantino à l’acheteur d’un billet à deux millions de dollars résume bien le décalage : pour 1,85 million d’euros, on a quand même le droit à autre chose qu’une saucisse réchauffée.

