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Mondial 2026 : entre enthousiasme et boycott, les supporters allemands divisés par Trump

Mondial 2026 : entre enthousiasme et boycott, les supporters allemands divisés par Trump

Dennis suit la Mannschaft depuis 2015, il n’a presque manqué aucun match depuis onze ans. Cette fois, ses billets pour les phases de groupe aux États-Unis sont déjà achetés, l’itinéraire est calé. Mais autour de lui, des amis proches resteront chez eux. La politique américaine fracture le public allemand comme rarement un Mondial ne l’avait fait auparavant.

Stuttgart, dernier rassemblement avant l’Amérique

Fin mars, les trains en direction de Stuttgart affichaient complet. Des supporters en maillot allemand montaient à chaque gare pour assister à l’amical contre le Ghana, ultime rencontre avant que les préparatifs du Mondial ne débutent vraiment. Dennis et Kai faisaient partie du voyage, partis dès le matin depuis le nord de l’Allemagne. Kai, présent assidûment depuis l’Euro 2024 à domicile, dit qu’il veut « s’imprégner de l’atmosphère dans les villes américaines ». Dennis, lui, est déjà en mode organisation depuis des mois. « L’excitation commence deux ans à l’avance, on commence à économiser, à imaginer le voyage », confie-t-il.

Les deux amis reconnaissent que ce Mondial « n’est pas fan-friendly ». Les billets, les vols transatlantiques, l’hébergement dans des villes américaines en juillet : Bengt Kunkel, supporter qui anime depuis des années l’ambiance dans les tribunes allemandes, a fait ses calculs. Rien que pour la phase de groupe, il estimait la facture entre 5 000 et 8 000 euros par personne. Résultat : il regardera le tournoi depuis son canapé.

Trump, ICE et la vérification des réseaux sociaux

Ce qui rebute Kunkel va au-delà du portefeuille. Les États-Unis exigent désormais des candidats au visa qu’ils communiquent leurs identifiants de réseaux sociaux. Les agents de l’immigration peuvent consulter l’historique de publications. « Quand on dit qu’on va vérifier si tu as liké ou posté quelque chose contre Trump, ça n’a plus rien à voir avec inviter le monde chez soi pour une fête du football », dit-il.

L’ancien sélectionneur Joachim Löw, champion du monde 2014, a pris position publiquement lors d’une conférence à Cologne début 2026 : il déconseille le voyage aux États-Unis. Son argument n’est pas rhétorique. Löw évoque le conflit armé lancé par Washington contre l’Iran fin février, les opérations de l’agence ICE sur le territoire américain et une situation géopolitique qu’il juge incompatible avec l’esprit du tournoi.

Le député Vert Boris Mijatovic va plus loin. Il pointe la cérémonie du tirage au sort, où Gianni Infantino a remis à Donald Trump le tout nouveau Prix de la Paix de la FIFA. « Je trouve ça grotesque, la façon dont on doit s’aplatir devant ce président pour obtenir ses faveurs », dit-il, visant aussi bien la FIFA que la fédération allemande DFB. Il redoute par ailleurs que des données personnelles — téléphones, ordinateurs, comptes en ligne — soient fouillées à l’entrée du territoire, ce qu’il considère comme une atteinte aux libertés individuelles incompatible avec un accueil digne d’un événement mondial.

Le rapport d’Amnesty et la question du boycott

En mars 2026, Amnesty International a publié un rapport sur les risques liés aux droits humains dans les trois pays hôtes, pointant particulièrement la situation aux États-Unis. Le document liste les atteintes à la liberté de la presse, les politiques d’immigration et les conditions d’entrée sur le territoire.

Kunkel ne prône pas le boycott pour autant. Il comprend ceux qui feront le voyage. « Il faut que ce soit acceptable de soutenir l’équipe nationale, malgré tout. » Dennis partage cet avis depuis Stuttgart : « Le sport devrait rester en dehors de la politique. Mais la politique aime exploiter les tournois comme celui-ci. » Il ira quand même. Il veut voir l’Allemagne devenir championne du monde, et il pense que l’unité des supporters peut peser dans les résultats de l’équipe sur le terrain.

Ce Mondial 2026 commence donc avec une fracture inédite dans les tribunes allemandes. Pas entre pro et anti-football. Entre ceux pour qui le voyage vaut encore le risque et le prix, et ceux qui ont tranché que non.