Premiers qualifiés hors pays hôtes, les Samouraïs Bleus abordent le Mondial nord-américain avec une ambition assumée. Entre stars confirmées en Europe et jeunes talents explosifs, l’équipe d’Hajime Moriyasu entend bien dépasser enfin le cap des huitièmes de finale.
Un tirage au sort sous haute surveillance à Washington
Le 5 décembre 2025, au prestigieux Kennedy Center de Washington D.C., le football mondial retiendra son souffle. À 18h (heure de Paris), les boules rouleront pour définir les douze groupes du premier Mondial à quarante-huit équipes. Et dans cette cérémonie historique, le Japon occupera une place de choix : le chapeau 2.
Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Les hommes de Moriyasu croiseront obligatoirement un poids lourd du chapeau 1 – peut-être l’Espagne, le Brésil ou la France – mais échapperont aux bonnes équipes reléguées dans les chapeaux inférieurs. Finis les scénarios catastrophes où l’on retrouverait dans un même groupe plusieurs nations du calibre de la Croatie ou de la Colombie. Les règles de la FIFA interdisent également que deux sélections de la même confédération cohabitent, sauf pour l’UEFA qui dispose de seize représentants.
Du côté de Tokyo, on scrute déjà les combinaisons possibles. Un groupe avec le Mexique, pays co-hôte, et un outsider du chapeau 4 ? Ce serait presque royal. Mais les Japonais le savent : au Mondial, rien ne se passe jamais comme prévu.
De premières en exploits : le parcours de qualification exemplaire
Le 20 mars 2025 restera une date dorée dans l’histoire du football nippon. Ce jour-là, grâce à une victoire 2-0 contre le Bahreïn avec des buts de Daichi Kamada et Takefusa Kubo, le Japon est devenu la première nation qualifiée pour le Mondial 2026, en dehors des trois pays organisateurs. Une consécration logique après un parcours quasiment sans faute dans des éliminatoires asiatiques pourtant relevées.
Quelques chiffres suffisent à mesurer la domination nippone : une seule défaite – à domicile de l’Australie alors que la qualification était déjà acquise – et des résultats parfois écrasants, comme ce 7-0 infligé à la Chine qui a fait le tour des réseaux sociaux. La machine tourne à plein régime.
Mais le véritable coup de tonnerre est intervenu lors de la trêve internationale d’octobre 2025. Face au Brésil de Carlo Ancelotti, au Tokyo Stadium, les Samouraïs Bleus ont signé une remontada historique. Menés 2-0 à la mi-temps par des réalisations de Paulo Henrique et Gabriel Martinelli, ils ont renversé la Seleção en seconde période. Takumi Minamino a relancé les siens, avant que Keito Nakamura – le Rémois – n’égalise. C’est finalement Ayase Ueda, le buteur de Feyenoord, qui a offert cette victoire 3-2. La première du Japon face au Brésil en quatorze confrontations. Avouez que ça fait réfléchir sur les ambitions de cette équipe.
Moriyasu : l’homme qui a transformé les Samouraïs
Le destin de Hajime Moriyasu avec la sélection japonaise tient du roman-feuilleton. Milieu de terrain international dans les années 1990, il a connu l’une des plus grandes déceptions de l’histoire du football nippon : ce fameux 2-2 contre l’Irak en 1993, synonyme d’élimination pour le premier Mondial jamais disputé par l’Archipel. On l’a appelé « la tragédie de Doha ».
Trente ans plus tard, le voilà à la barre d’une équipe qu’il a façonnée patiemment depuis son arrivée en juillet 2018, après le Mondial russe. Son bilan ? Plus de soixante-dix pour cent de victoires en matchs officiels, un titre de champion d’Asie des nations U23, et surtout ces performances mémorables au Qatar où ses hommes ont fait tomber l’Allemagne et l’Espagne en phase de groupes.
Moriyasu incarne une philosophie de jeu reconnaissable entre mille : possession maîtrisée, pressing haut, transitions rapides et une résilience mentale à toute épreuve. Les Japonais ne lâchent jamais rien. Demandez aux Croates, qui ont dû passer par les tirs au but en huitièmes de finale du dernier Mondial pour écarter cette équipe.
Wataru Endo : le capitaine imperturbable
Dans l’entrejeu nippon, un nom s’impose naturellement : Wataru Endo. À trente-deux ans, le milieu récupérateur de Liverpool représente l’âme de cette sélection. Titulaire régulier chez les Reds, il a remporté la Premier League la saison dernière et apporte à son équipe nationale une expérience inestimable.
Son rôle dépasse largement la simple récupération du ballon. Endo dicte le tempo, oriente le jeu, couvre les espaces laissés par les montées offensives de ses coéquipiers. Brassard au bras, il disputera en 2026 sa troisième Coupe du monde – après Russie 2018 et Qatar 2022. Un leader naturel dont la présence rassure l’ensemble du collectif.
Autour de lui gravitent d’autres cadres confirmés. Takefusa Kubo, l’ailier virevoltant de la Real Sociedad, continue de progresser et s’affirme comme le principal créateur de différences sur le front offensif. Kaoru Mitoma, qui fait les beaux jours de Brighton, affole les défenses avec ses dribbles chaloupés. Et Hiroki Ito, le défenseur du Bayern Munich, apporte sa solidité défensive acquise au plus haut niveau européen.
Kota Takai : la nouvelle étoile montante
Si les observateurs cherchent le prochain phénomène japonais, ils feraient bien de surveiller Kota Takai. Le défenseur central de vingt ans vient de franchir un cap décisif dans sa jeune carrière : un transfert vers Tottenham pour environ 5,8 millions d’euros, record pour un joueur japonais issu de la J-League.
Né à Yokohama et formé au Kawasaki Frontale, Takai impressionne par sa maturité. Du haut de son mètre quatre-vingt-douze, il domine le jeu aérien et affiche une sérénité déconcertante pour son âge. Sa finale de Ligue des champions asiatique 2025 – où Kawasaki a notamment éliminé Al-Nassr de Cristiano Ronaldo – l’a propulsé sur le devant de la scène internationale.
Quatre sélections à son actif depuis ses débuts en septembre 2024, et déjà une place dans le groupe élargi pour le Mondial. Moriyasu l’a intégré dans sa rotation défensive, alternant entre une ligne à trois et une défense à quatre. Takai s’adapte à tout, cabossant les attaquants adverses sans sourciller. Les supporters des Spurs découvriront très vite ce que le football nippon peut produire de mieux en termes de défenseur central moderne.
Un système de jeu redoutable
Le Japon de Moriyasu évolue généralement dans un 3-4-2-1 flexible qui peut se transformer en 4-2-3-1 selon les adversaires. La possession reste l’ADN de cette équipe, mais attention aux raccourcis : les Nippons savent parfaitement jouer en transition et frapper en contre-attaque lorsque l’occasion se présente.
La composition probable pour le Mondial donne le tournis tant le réservoir de talents s’est étoffé : Zion Suzuki dans les buts, une défense articulée autour de Ko Itakura, Kota Takai et Hiroki Ito, un milieu dominé par Wataru Endo et Hidemasa Morita, et un trio offensif composé de Takefusa Kubo, Ritsu Doan et Ayase Ueda en pointe.
Ce qui frappe le plus, c’est la densité. Presque tous ces joueurs évoluent dans les grands championnats européens. Premier League, Bundesliga, Liga, Ligue 1 – le vivier japonais s’est dispersé aux quatre coins du Vieux Continent et en a tiré une expérience collective rare pour une nation asiatique.
L’objectif affiché : briser enfin le plafond de verre
Sept participations à la phase finale. Quatre éliminations en huitièmes de finale. Zéro quart de finale. Les statistiques japonaises en Coupe du monde racontent une histoire de frustration permanente. À chaque fois, les Samouraïs Bleus butent sur cet obstacle invisible.
Au Qatar, la défaite aux tirs au but face à la Croatie a laissé des traces. Minamino, Mitoma, Yoshida – trois échecs consécutifs face au gardien Livakovic. Les larmes de Moriyasu après le match en disaient long sur l’investissement émotionnel de tout un peuple.
Mais cette génération refuse de se résigner. Les joueurs l’ont répété en conférence de presse : le minimum syndical, c’est atteindre les quarts de finale. Et pourquoi pas aller plus loin ? Avec le format à quarante-huit équipes, le tableau s’ouvre davantage. Un bon tirage, un état de forme optimal en juin-juillet, et tout devient possible.
Depuis le premier match officiel de la sélection en 1917 jusqu’à cette qualification historique pour le Mondial nord-américain, le Japon a parcouru un chemin extraordinaire. Il ne reste plus qu’à écrire le chapitre le plus glorieux de cette aventure. Les Samouraïs Bleus sont prêts à dégainer.
