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Blatter tacle la Coupe du monde 2026 : « C’est une misère pour le Mexique »

Blatter tacle la Coupe du monde 2026 : "C'est une misère pour le Mexique"

À quelques mois du coup d’envoi, l’ex-président de la FIFA Joseph Blatter a vivement critiqué la répartition des matchs entre les trois pays hôtes. Pour lui, les États-Unis raflent la mise pendant que le Canada et le Mexique font de la figuration. Il s’en prend aussi directement à Donald Trump, qu’il accuse de s’immiscer dans les affaires du football mondial.

Une répartition qui passe mal

Le chiffre parle de lui-même : sur les 104 matchs de la Coupe du monde 2026, les États-Unis en accueilleront 78. Le Mexique et le Canada se partagent les 26 restants. Blatter ne mâche pas ses mots là-dessus : « C’est une misère ce qu’on donne au Canada et au Mexique. On pensait qu’ils auraient à peu près la même part. Ça ne favorise pas le développement du football. »

Ce déséquilibre n’est pas anodin. Quand Mexico a obtenu le droit d’organiser le match d’ouverture à l’Azteca, beaucoup ont cru à un geste symbolique fort envers le pays aztèque. Mais un seul match de phase de groupes supplémentaire par rapport à une nation hôte ordinaire, ce n’est pas exactement ce qu’on appelle un partage équitable.

Le problème des visas américains

Blatter soulève un point que beaucoup évitent d’aborder franchement. Les États-Unis refusent des visas à des ressortissants de dizaines de pays, dont plusieurs nations qualifiées ou susceptibles de l’être pour la compétition. Un supporter iranien, algérien ou cubain voulant assister à un quart de finale à Los Angeles ? Sa demande de visa risque fort d’atterrir dans une corbeille.

« Un Mondial ne devrait pas se tenir dans un pays qui ne délivre pas de visas. Il y a une politique diffamatoire aux États-Unis contre tout étranger. C’est simplement America First, et c’est triste. Triste pour la valeur sociale et culturelle du football », a déclaré Blatter dans des propos rapportés par le quotidien sportif espagnol AS.

La FIFA a obtenu des garanties de l’administration américaine sur la circulation des supporters pendant le tournoi, mais ces engagements restent flous pour les ressortissants de pays visés par des restrictions d’entrée. Gianni Infantino, actuel président de l’instance, n’a pas répondu publiquement aux déclarations de son prédécesseur.

Trump dans le jeu, Blatter s’énerve

L’ancien dirigeant suisse garde sa critique la plus acide pour la relation entre la FIFA et Donald Trump. Le président américain s’est affiché aux côtés d’Infantino lors de plusieurs annonces liées au Mondial, du tirage au sort à des décisions sur les sites. Pour Blatter, c’est une ligne rouge franchie.

« L’intervention du président américain dans les affaires du Mondial est la pire chose qui soit arrivée à la FIFA, et il n’y a aucune opposition. On n’a jamais vu ça. Ce n’est pas à la FIFA d’octroyer un prix de la paix. Le football est un événement social, culturel et populaire. »

Sur ce terrain, Blatter n’a pas complètement tort. La politisation des grandes compétitions sportives est une tendance observable depuis plusieurs années, des Jeux olympiques de Pékin aux Coupes du monde en passant par les Grands Prix de Formule 1. Que Trump s’affiche avec le football mondial comme s’il en était l’organisateur en chef pose une vraie question d’indépendance institutionnelle.

Blatter, ce témoin gênant

Il faut rappeler qui est Blatter. Banni à vie du football par le Tribunal arbitral du sport en 2021 après une condamnation de la FIFA elle-même pour gestion déloyale des actifs, il n’est pas exactement la voix de la bonne gouvernance. Sa crédibilité est sérieusement entamée par les affaires de corruption qui ont marqué son règne à la tête de l’institution.

Ça ne signifie pas qu’il a tort sur le fond. La répartition des matchs favorise massivement les États-Unis, le problème des visas est réel, et l’omniprésence de Trump dans les communications autour du Mondial 2026 mérite d’être questionnée. Simplement, quand c’est Blatter qui le dit, les mots arrivent avec un casier judiciaire.

Le Mexique joue ses matchs de poule à l’Azteca en juin. Les supporters mexicains espèrent une qualification jusqu’en quarts de finale, ce qui signifierait rejoindre les États-Unis pour des matchs à Kansas City ou Dallas. Un déplacement à moins de 2 000 kilomètres. Pour un Mondial co-organisé par trois nations, c’est une drôle de géographie.