Participer à la Coupe du monde est censé rapporter de l’argent. Pour environ une dizaine de fédérations européennes, l’édition 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique pourrait bien inverser cette logique. Entre allocations revues à la baisse, fiscalité américaine opaque et coûts de déplacement explosifs, le calcul ne tombe plus rond — même avec une dotation record de 539 millions de livres sterling approuvée par la FIFA en décembre dernier.
Des chiffres qui ne compensent plus
Chaque équipe qualifiée reçoit 9 millions de dollars de la FIFA, auxquels s’ajoutent 1,5 million pour les frais de préparation. Ces montants sont identiques à ceux de Qatar 2022. Le problème vient d’ailleurs : l’indemnité journalière par membre de délégation est passée de 850 à 600 dollars. Sur un mois de tournoi, une fédération peut perdre jusqu’à 500 000 dollars rien que sur ce poste.
Une fédération habituée aux grandes compétitions a confié au Guardian qu’elle enregistrerait une perte nette en cas d’élimination au premier tour ou dès les huitièmes de finale. Ce n’est pas une question de mauvaise gestion : c’est la structure même du tournoi qui crée ce déséquilibre.
La fiscalité américaine, angle mort du dossier
Le sujet qui irrite le plus les dirigeants du football européen, c’est l’absence d’accord fiscal avec les États-Unis. Le Canada et le Mexique ont négocié des exemptions fiscales pour les fédérations participantes. Les États-Unis, non.
Concrètement, cela crée des situations absurdes. Une équipe tirée au sort dans le groupe qui joue à Los Angeles ou San Francisco se retrouve soumise au taux marginal d’imposition californien — 13,3 %. Une autre, dont les matchs se déroulent dans un État à fiscalité plus légère, part avec un avantage financier structurel avant même d’avoir tapé dans un ballon. Le MetLife Stadium du New Jersey, qui accueillera la finale, applique lui un taux de 10,75 %.
Les fédérations ont dû chercher leurs propres conseils fiscaux, sans aide ni cadre unifié de la FIFA. Selon un dirigeant cité par l’enquête commune du Guardian et de PA Media, certains responsables de l’instance genevoise seraient eux-mêmes « embarrassés » par la situation.
Un tournoi plus long, plus cher, plus loin
La Coupe du monde 2026 est la première édition à 48 équipes. Elle s’étend sur 39 jours, soit 11 de plus que le format qatari. Les quarts de finale débutent au-delà du 28e jour. Pour les équipes qui vont loin, la facture s’allonge mécaniquement.
Les distances à parcourir sur le continent nord-américain n’ont rien à voir avec celles d’un petit pays du Golfe. Un groupe dont les matchs se répartissent entre Seattle, Miami et Dallas représente des milliers de kilomètres de déplacements, avec des coûts logistiques sans commune mesure avec Qatar 2022. Le taux de change euro/dollar, défavorable, aggrave encore le tableau pour les fédérations de la zone euro.
Les primes de qualification promises aux joueurs avant le tournoi constituent un autre poste fixe. Impossible de les revoir à la baisse : les contrats ont été signés sur la base des montants de la dernière édition. Ce que la FIFA verse ne suffit plus à couvrir ce que les fédérations ont promis.
Ce que cela révèle sur la gouvernance du football mondial
Une dizaine de fédérations ont partagé leurs inquiétudes entre elles, notamment lors du congrès annuel de l’UEFA à Bruxelles mi-février. La question a aussi été soulevée informellement auprès de dirigeants de la FIFA, sans résolution à ce stade.
Le paradoxe saute aux yeux : la FIFA annonce une dotation record pour valoriser son tournoi élargi, mais ne sécurise pas les conditions financières élémentaires pour ses participants. L’argument avancé en interne — que l’exposition au marché nord-américain profitera aux fédérations sur le long terme — sonne creux pour une association qui risque de finir dans le rouge après trois matchs de poule.
Il reste trois mois et demi avant le coup d’envoi. Un accord fiscal avec les autorités américaines est encore possible. Mais chaque semaine qui passe réduit la marge de manœuvre. La FIFA n’a pas répondu aux sollicitations du Guardian au moment de la publication.
