En 1934 sous Mussolini et en 1978 sous la junte argentine de Videla, la FIFA a offert son événement phare à des régimes autoritaires. L’intervention militaire américaine au Venezuela et les menaces de Trump contre le Mexique et le Canada, pays co-organisateurs, ne laissent plus aucun doute : le Mondial 2026 rejoindra cette catégorie honteuse. Entre annexions territoriales, violations de souveraineté et complaisance d’Infantino envers Trump, l’édition nord-américaine s’inscrit dans la longue dérive qui a transformé la Coupe du monde en véhicule des ambitions géopolitiques de dirigeants dangereux.
Les précédents historiques accablants
En 1934, il était évident ce que tramait Benito Mussolini. Le dictateur avait déjà consolidé son pouvoir, colonisé la Libye et annexé Rijeka. Il obtint néanmoins d’organiser la deuxième Coupe du monde. Accueillir et remporter ce Mondial n’a pas assouvi ses appétits. Avant la fin de la décennie, il s’emparerait de l’Éthiopie, annexerait l’Albanie et soutiendrait Franco.
En 1978 en Argentine, la junte militaire de Videla maintenait son emprise par la détention systématique, la torture et le meurtre. Les protestations furent ignorées et le Mondial débuta. « Enfin, le monde peut voir le vrai visage de l’Argentine », déclara le président FIFA João Havelange, fraîchement décoré par Videla.
Le capitaine allemand Berti Vogts proclama : « L’Argentine est un pays où règne l’ordre. Je n’ai vu aucun prisonnier politique. » Lorsque Poutine présida l’ouverture du Mondial 2018, cela faisait quatre ans qu’il avait annexé la Crimée. La FIFA s’en moquait.
Le Mondial 2026 rejoint cette catégorie honteuse
Dans quelques années, nous placerons probablement le Mondial 2026 dans la même catégorie. Cette conclusion s’est cristallisée avec l’enlèvement forcé du président vénézuélien et de son épouse, avant que Trump n’annonce que l’État socialiste était désormais un territoire administré par les Américains.
Cela survient après que Trump ait affaibli le soutien à l’Ukraine, coulé des bateaux sur simple suspicion, menacé d’envahir le Mexique et d’annexer le Canada (leurs co-hôtes !), le Groenland et le Panama, et déclenché une guerre commerciale mondiale. Nous ne savons pas jusqu’où ira cette administration qui promettait l’isolationnisme mais livre le chaos géopolitique.
La complicité active d’Infantino
Le président FIFA Gianni Infantino s’est montré inébranlable dans son soutien à Trump. Contrairement à Havelange et Videla, les médailles circulent dans l’autre sens. Infantino a remis à Trump un prix pour « ses contributions à la diplomatie mondiale » en décembre, moins d’un mois avant le bombardement de Caracas.
Les éditions 2010 et 2014 furent critiquées pour la pression exercée sur des nations ayant des besoins plus urgents. Ces plaintes semblent désuètes comparées au Qatar 2022, acquis sous corruption et conduisant à de nombreux décès et violations des droits humains.
Une dérive inexorable du football mondial
Le tournoi 2030 deviendra notoire pour avoir étalé la compétition sur trois continents, augmentant l’impact environnemental. Le Mondial 2034 est déjà signé à Mohammed ben Salmane.
Le Mondial dominé par les États-Unis s’insère parfaitement dans cette série. Cette nation n’est pas en position de faire la leçon sur les droits humains. Les Qataris et Saoudiens ne sont plus des cas isolés. C’est simplement ce qu’est devenu le Mondial : un véhicule pour les ambitions de personnes dangereusement intéressées.
Peut-être qu’un boycott prendra de l’ampleur, bien que la lente glissade suggère le contraire. Un boycott n’a pas abouti avant le Qatar. Le football a suivi la voie des Jeux olympiques et de la Formule 1, qui ont fait la paix avec tous les bagages sordides attachés au plus offrant.
Le point de non-retour du Mondial
Lorsque l’histoire racontera comment la Coupe du monde a perdu sa voie, on pointera l’édition 2026, jouée au Canada, au Mexique et – problématiquement, honteusement, irrémédiablement – aux États-Unis.
La différence cruciale : cette fois, les actions autoritaires se déroulent en temps réel pendant la préparation. Mussolini et Videla avaient consolidé leur pouvoir avant. Trump utilise la période menant au tournoi comme rampe pour ses aventures impérialistes.
Le Mexique, menacé d’invasion, devra co-organiser avec son agresseur. Le Canada, menacé d’annexion, se retrouve dans la même position absurde. Cette situation grotesque n’a aucun équivalent.
Le football a vendu son âme
Les Qataris construisant sur des cadavres, les Saoudiens achetant le Mondial malgré Khashoggi, les Américains bombardant des capitales : tout est acceptable tant que l’argent coule.
Infantino incarne cette dérive. Son empressement à décorer Trump révèle le cynisme qui gangrène la FIFA. L’organisation a abandonné toute prétention à défendre des valeurs. Elle est devenue un prestataire pour dictateurs et impérialistes.
Dans quelques décennies, les historiens placeront le Mondial 2026 dans la lignée honteuse de 1934 et 1978. Ils noteront que malgré tous les avertissements, le tournoi a eu lieu. Ils concluront que c’est à ce moment que le football a définitivement vendu son âme, transformant la plus belle compétition en vitrine pour ambitions criminelles.
