Le directeur par intérim de l’ICE, Todd Lyons, a confirmé devant le Congrès américain que ses agents seront déployés durant la Coupe du monde 2026. Une annonce qui alimente les tensions autour d’un tournoi déjà fragilisé par la politique migratoire de Donald Trump. Entre impératifs sécuritaires et craintes de dérives, le débat prend une dimension diplomatique.
L’ICE confirme son rôle dans le dispositif de sécurité
La scène s’est déroulée mardi devant une commission de la Chambre des représentants. Interrogé par la démocrate Nellie Pou, dont la circonscription du New Jersey accueillera des matchs cet été, Todd Lyons n’a laissé aucune place à l’ambiguïté. L’ICE (Immigration and Customs Enforcement) fera partie intégrante du dispositif sécuritaire de la Coupe du monde. « Nous sommes déterminés à sécuriser cet événement et à assurer la protection de tous les participants comme de nos visiteurs », a-t-il déclaré.
La représentante Pou lui avait pourtant demandé de s’engager à suspendre les opérations de l’ICE pendant la compétition. Une requête restée sans réponse favorable. Pour les autorités américaines, il n’est pas question de lever le pied sur la politique d’immigration, même le temps d’un événement planétaire.
Une distinction cruciale entre deux branches de l’ICE
Le sujet mérite une clarification que beaucoup d’observateurs omettent. Lyons faisait référence à la branche HSI (Homeland Security Investigations), spécialisée dans les enquêtes criminelles liées au trafic d’êtres humains. Cette division intervient régulièrement lors de grands événements sportifs, du Super Bowl aux Jeux olympiques. Son rôle relève davantage de la lutte contre la criminalité organisée que du contrôle migratoire classique.
L’autre branche, l’ERO (Enforcement and Removal Operations), est celle qui applique concrètement les lois fédérales sur l’immigration — arrestations, détentions, expulsions. C’est elle qui cristallise les inquiétudes. Sera-t-elle aussi mobilisée aux abords des stades ? La question reste ouverte. Le département de la Sécurité intérieure a simplement indiqué en janvier que les agents des douanes travailleraient à offrir « une expérience fluide et sécurisée » à tous les voyageurs durant le tournoi.
Un climat international déjà tendu
Cette annonce s’inscrit dans un contexte délicat. La politique migratoire de l’administration Trump a provoqué des réactions en chaîne bien au-delà des frontières américaines. Les tirs mortels sur deux citoyens américains, Renee Good et Alex Pretti, ont amplifié les critiques. L’exigence de contrôles des réseaux sociaux imposée aux touristes entrant sur le sol américain a également suscité une vague de protestations internationales.
Peut-on organiser une fête du football mondial dans un tel climat ? La question se pose avec une acuité croissante. L’ancien président de la FIFA, Sepp Blatter, a appelé au boycott du tournoi le mois dernier. Des dirigeants du football mondial et des experts ont formulé des recommandations similaires.
Les villes hôtes sous pression
Les municipalités ne restent pas silencieuses. Les responsables de Vancouver ont exprimé leur inquiétude après avoir appris que des agents de l’ICE avaient été déployés lors des Jeux olympiques d’hiver à Milan. Ils refusent de voir ce scénario se reproduire pour la Coupe du monde sur leur sol. Le groupe international Football Supporters Europe (FSE) a quant à lui déclaré à la BBC être « extrêmement préoccupé par la militarisation croissante des forces de police aux États-Unis ».
Du côté de la Maison-Blanche, le ton est radicalement différent. Donald Trump, qui a reçu le prix de la paix de la FIFA en décembre dernier, promet que ce Mondial sera « le plus grand, le plus sûr et le plus extraordinaire de l’histoire ». Il a par ailleurs évoqué la possibilité de déplacer des matchs hors des villes qu’il jugerait peu sûres — une menace qui ajoute une couche d’incertitude supplémentaire à l’organisation.
Un tournoi sous haute surveillance politique
La Coupe du monde 2026, coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, devait incarner l’ouverture et la coopération internationale. Elle risque de devenir un terrain d’affrontement politique. Pour les millions de supporters qui prévoient de traverser l’Atlantique cet été, la question n’est plus seulement de savoir quel match regarder, mais dans quelles conditions ils seront accueillis.
Les fédérations nationales, les sponsors et la FIFA elle-même marchent sur un fil. Comment garantir l’esprit festif d’un Mondial tout en composant avec une administration américaine qui fait de l’immigration sa priorité absolue ? Les prochaines semaines seront déterminantes pour fixer les règles du jeu — sur le terrain comme en dehors.
