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Coupe du monde 2026 : pourquoi Trump et Infantino risquent de gâcher le Mondial aux États-Unis

Coupe du monde 2026 : pourquoi Trump et Infantino risquent de gâcher le Mondial aux États-Unis

Dans moins de trois mois, le coup d’envoi du Mondial 2026 sera donné aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Ce devrait être une fête. Pour beaucoup d’observateurs, ça l’est déjà. Mais il y a une question qui revient, discrète mais persistante : peut-on vraiment profiter d’un tournoi quand son contexte politique écrase tout le reste ?

Le problème, c’est qu’on veut l’aimer

C’est là que réside le paradoxe. Si on s’en fichait du football, tout serait simple. Mais précisément parce qu’on aime la Coupe du monde — parce qu’on a grandi avec, parce qu’on a des souvenirs qui y sont attachés — l’idée de la voir servir de vitrine à des intérêts douteux est d’autant plus irritante.

Les Mondiaux problématiques ne datent pas d’hier. 2018 en Russie, 2022 au Qatar en décembre avec des stades climatisés et des milliers de travailleurs morts sur les chantiers. La liste est longue. Mais 2026 marque une étape supplémentaire : les problèmes ne sont plus en arrière-plan, ils sont sur scène, micros ouverts.

Trump, partout, tout le temps

Avec les précédents Mondiaux controversés, il était possible, si on le voulait vraiment, de regarder les matchs sans croiser le visage des dirigeants locaux. Vladimir Poutine n’a pas occupé l’espace médiatique du Mondial 2018 au point de rendre chaque soirée de football indigeste. L’émir du Qatar non plus.

Cet été, ce ne sera pas pareil. Donald Trump a co-organisé la cérémonie de tirage au sort aux côtés de Gianni Infantino avec un enthousiasme difficile à ignorer. Il revendique déjà le tournoi comme une réussite personnelle, avant même le premier coup de sifflet. C’est un homme qui s’est attribué la médaille d’or du hockey sur glace masculin aux Jeux olympiques d’hiver — pas les femmes, eux ça ne comptait pas vraiment — comme s’il avait lui-même chaussé les patins.

Ce n’est pas la façon dont un supporter dit « on a gagné » en pensant à son équipe. C’est autre chose. Et cette présence-là sera impossible à esquiver pendant un mois et demi.

Infantino, l’autre problème de la photo

Le président de la FIFA a lui aussi choisi son camp depuis un moment. La cérémonie de tirage au sort ressemblait moins à un événement sportif qu’à une réunion de deux hommes ravis de se retrouver sur la même image. Pour une institution censée représenter le football mondial dans toute sa diversité, le signal envoyé est au moins discutable.

Ce n’est pas que la FIFA ait jamais été irréprochable — l’histoire récente de l’organisation parle d’elle-même. Mais l’affichage est de plus en plus assumé, de moins en moins gêné.

Les pauses hydratation et ce qu’elles révèlent

Moins symbolique, mais concrètement pénible : le format des matchs va intégrer des pauses officielles pour l’hydratation des joueurs. La raison est climatique. Plusieurs stades américains accueillent des matchs en juin et juillet dans des conditions de chaleur extrême — Dallas, Miami, Kansas City. La FIFA a fait des choix géographiques qui rendent ces interruptions nécessaires.

C’est une décision pragmatique, peut-être inévitable. Mais elle souligne quelque chose de plus large : le Mondial 2026 a été pensé avec des priorités qui ne sont pas toujours celles du football. Les droits TV, les marchés, la politique intérieure américaine ont pesé dans les décisions. Le confort des joueurs et la qualité du spectacle arrivent après.

Alors on regarde quand même ?

Oui, probablement. Et ce n’est ni une contradiction ni une capitulation. Dire « si tu n’aimes pas, ne regarde pas » revient à demander aux gens d’abandonner quelque chose qui leur appartient autant qu’à n’importe qui d’autre. Le football n’est pas la propriété de la FIFA ou de ceux qui ont acheté le tournoi.

Regarder en étant conscient de ce qu’on regarde — des intérêts politiques, des choix contestables, un système qui se perpétue — est une position tout aussi valide que l’enthousiasme sans réserve. La Coupe du monde 2026 peut produire des moments de football extraordinaires. Elle le fera, très probablement. Ça ne règle rien, mais c’est aussi vrai.

Ce qui est certain, c’est que cette édition sera difficile à regarder les yeux fermés.