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Tirage au sort du Mondial 2026 : le Canada face à son destin entre espoirs et incertitudes

Tirage au sort du Mondial 2026 : le Canada face à son destin entre espoirs et incertitudes

À quelques jours du tirage au sort du 5 décembre à Washington, la sélection canadienne connaîtra enfin ses adversaires pour la Coupe du monde qu’elle organisera conjointement avec les États-Unis et le Mexique. Si le statut d’hôte offre des avantages indéniables, la formation de Jesse Marsch devra surmonter plusieurs défis majeurs pour briser une malédiction historique qui la poursuit depuis 1986.

Un statut privilégié qui évite les géants dès la première phase

Le tirage de Washington placera le Canada dans le chapeau numéro 1, aux côtés des nations favorites du tournoi. Cette position enviable garantit d’éviter les mastodontes comme l’Espagne, l’Argentine, la France ou encore le Brésil lors de la phase de poules. Les Canadiens ne croiseront pas non plus les formations de la CONCACAF qualifiées ni leurs partenaires d’organisation, le Mexique et les États-Unis.

Dans le scénario le plus favorable, la sélection pourrait débuter le 12 juin contre la Jordanie, le Cap-Vert, le Ghana ou la Nouvelle-Zélande. Mais l’éventail des possibles s’étend bien au-delà, avec la perspective d’affronter des adversaires autrement plus coriaces. L’Italie figure parmi les rivaux potentiels pour le match inaugural au BMO Field de Toronto, une rencontre qui pourrait immédiatement mettre sous pression cette génération canadienne.

Un calendrier québécois qui symbolise l’ancrage territorial

La fédération a officialisé la tenue de deux matchs amicaux au Stade Saputo dans la prochaine année, avec Montréal comme l’un des ports d’attache dans la préparation pour le Mondial. Cette décision revêt une dimension particulière pour le groupe de Jesse Marsch, qui souhaite créer une dynamique collective à travers tout le territoire canadien.

Le camp d’entraînement final avant l’entrée en compétition se tiendra également dans la métropole québécoise, avec un dernier match de préparation. Une manière pour le sélectionneur américain de tisser des liens solides avec l’ensemble des communautés du pays, après avoir déjà mené une tournée nationale qui l’a conduit de Halifax à Vancouver, en passant par Québec, Toronto et Saskatoon.

L’ironie de cette préparation montréalaise n’échappe à personne : en 2021, le retrait du gouvernement du Québec comme partenaire financier avait servi de prétexte à la Ville de Montréal pour retirer sa candidature afin de présenter des matchs de la Coupe du monde en 2026. Seules Toronto et Vancouver accueilleront des rencontres du tournoi sur le sol canadien.

L’obsession : sortir enfin de la phase de groupes

L’objectif affiché semble modeste à première vue, pourtant il représente un Everest pour une nation qui n’a jamais franchi le premier tour. Le Canada porte le fardeau d’un record peu glorieux : six matchs disputés en Coupe du monde sans avoir récolté le moindre point, un triste honneur partagé avec le Salvador.

La dernière édition au Qatar avait apporté une première satisfaction. Alphonso Davies avait ouvert le compteur canadien en Coupe du monde face à la Croatie, procurant même une avance éphémère avant une défaite finale 4-1. Cette seule réalisation sur six rencontres disputées illustre le chemin qu’il reste à parcourir.

Pourtant, le football canadien a connu une métamorphose spectaculaire ces dernières années. L’arrivée de Marsch en 2024 a insufflé une dynamique nouvelle, couronnée par une remarquable demi-finale de Copa América où les Canadiens ont tenu tête à l’Argentine, future championne. Un bilan de 6 victoires, 3 nuls et 4 défaites en 13 matches depuis mai, avec deux revers contre l’Argentine lors de la Copa América, témoigne de cette progression tangible.

Jesse Marsch, l’architecte d’une révolution tactique

L’ancien technicien de Leeds et successeur de Marcelo Bielsa en Premier League a transformé l’identité de jeu canadienne. Son expérience européenne, forgée notamment au Bayern Salzbourg et à Leipzig, se traduit par un pressing intense et des transitions fulgurantes qui exploitent l’athlétisme naturel des joueurs nord-américains.

La prochaine étape cruciale sera la demi-finale de la Ligue des Nations de la CONCACAF le 20 mars contre le Mexique au SoFi Stadium de Californie. Une confrontation que le sélectionneur considère comme un test grandeur nature, avec à la clé un éventuel trophée continental qui viendrait confirmer la montée en puissance de sa formation.

Malgré une série de trois matchs sans marquer, Marsch se montre confiant et affirme qu’il n’est vraiment pas inquiet concernant les difficultés offensives. Cette sécheresse récente face à la Colombie, l’Équateur et initialement contre le Venezuela avant une victoire 2-0 n’entame pas sa foi dans le dispositif mis en place.

La blessure d’Alphonso Davies, une épée de Damoclès

Le capitaine canadien traverse la période la plus éprouvante de sa carrière. Près de huit mois après sa rupture du ligament croisé antérieur du genou droit avec la sélection canadienne, Davies a repris en partie l’entraînement avec le Bayern Munich mi-novembre. Cette blessure survenue en mars lors de la petite finale de la Ligue des Nations contre les États-Unis a déclenché une polémique majeure.

L’agent du joueur a affirmé que Davies avait été poussé à débuter le match alors qu’il n’était pas à 100%, créant une tension avec la fédération canadienne. La direction du Bayern est même allée plus loin, menaçant de poursuivre en justice Canada Soccer pour grave négligence, évoquant l’envoi d’un joueur manifestement blessé sur un vol intercontinental de 12 heures sans examen médical approfondi.

Le défenseur a confié qu’il avait eu du mal à accepter cette première grave blessure de sa carrière, évoquant un genou complètement abîmé et admettant avoir retenu ses larmes. À 25 ans, le latéral gauche du Bayern Munich reste néanmoins l’emblème des espoirs canadiens. L’entraîneur Vincent Kompany a évoqué un possible retour avant la fin de 2025, ce qui lui laisserait plusieurs mois pour retrouver sa condition optimale.

Jonathan David, le fer de lance passé à la Juventus

L’autre figure incontournable de la sélection a franchi un cap décisif dans sa carrière. Jonathan David a signé un contrat de cinq ans avec la Juventus le 4 juillet 2025, valable jusqu’au 30 juin 2030. Le buteur de 25 ans arrive à Turin auréolé d’un bilan impressionnant de 109 buts et 30 passes décisives en 232 matchs toutes compétitions confondues avec Lille.

Jesse Marsch a déclaré que David possède tout pour reproduire ses 25 buts également avec la Juventus, précisant qu’il est non seulement un numéro 9, mais aussi un 9 et demi, un 10 ou un ailier. Cette polyvalence tactique en fait le complément parfait de Davies dans le système de jeu canadien, capable de basculer entre différents rôles offensifs selon les circonstances.

L’adaptation à la Serie A n’a pas été immédiate, et certaines rumeurs évoquaient même un possible départ dès l’hiver, bien que l’attaquant canadien devrait finalement rester à la Juventus au moins jusqu’à la fin de la saison. Son statut de meilleur buteur de l’histoire du Canada avec 36 réalisations en 67 sélections lui confère une responsabilité particulière à l’approche du Mondial à domicile.

Un collectif en pleine maturation

Au-delà de ses deux stars, la sélection canadienne s’appuie sur un noyau de joueurs évoluant majoritairement en Europe. Stephen Eustáquio (Porto), Cyle Larin (Feyenoord), Tajon Buchanan et Ismaël Koné apportent une expérience du haut niveau indispensable. Koné est en prêt à Sassuolo depuis Marseille, tandis que Nathan Saliba s’est déjà inscrit à la marque avec Anderlecht en Belgique.

Cette diaspora footballistique contraste avec la jeunesse de la MLS locale, où seuls trois clubs canadiens évoluent sous l’égide du championnat nord-américain. Le défenseur Moïse Bombito s’impose progressivement comme un leader défensif, tandis que le gardien Maxime Crépeau assure la sécurité des buts.

Marsch a également intégré de nouveaux binationaux comme le défenseur central d’Anglais Alfie Jones de Middlesbrough et le gardien Owen Goodman, élargissant ainsi le réservoir de talents disponibles. Cette stratégie de naturalisation témoigne d’une volonté d’explorer toutes les pistes pour renforcer un effectif encore fragile dans certains secteurs.

Le pire des scénarios et les leçons du Qatar

Dans le pire des cas, le Canada pourrait affronter la Croatie, le Maroc ou la Colombie du chapeau 2, la Norvège ou l’Égypte du chapeau 3, et l’Italie ou le Danemark du chapeau 4. Un groupe de la mort qui rappellerait la dernière expérience mondiale où les Canadiens, classés 41e à l’époque, avaient été regroupés avec la Belgique, la Croatie et le Maroc, subissant trois défaites et un bilan de 7-2.

Les fantômes de Mexico 1986 hantent encore les mémoires. Lors de leur première participation, les hommes du Canada avaient présenté une fiche de 0-3-0 et avaient été dominés 5-0 lors de défaites contre la France, la Hongrie et l’Union soviétique. Trente-six ans plus tard au Qatar, le bilan s’était légèrement amélioré avec le but salvateur de Davies, mais l’essentiel restait à conquérir.

Le format élargi à 48 équipes offre néanmoins une opportunité inédite. Les 12 vainqueurs de groupe, les 12 deuxièmes et les huit meilleurs troisièmes se qualifient pour les huitièmes de finale. Une marge de manœuvre qui pourrait permettre au Canada d’enfin franchir le cap, à condition de ne pas trébucher lors des trois premières rencontres.

Un rendez-vous avec l’histoire

Le compte à rebours est lancé. Le tournoi débutera le 11 juin 2026 avec des matchs à Mexico et Guadalajara, avant que le Canada n’entre en scène le lendemain. Pour Marsch et ses hommes, l’enjeu dépasse largement le cadre sportif. Il s’agit de valider une décennie de développement du football canadien, d’offrir à une nation entière la fierté de performances mémorables à domicile, et peut-être d’écrire les premières lignes d’une nouvelle épopée qui effacerait définitivement les souvenirs douloureux du passé.

Le tirage de Washington dira si cette génération dorée disposera d’un couloir de qualification abordable ou si elle devra conquérir sa qualification au forceps. Une chose est certaine : jamais le football canadien n’a été aussi prêt à relever ce défi historique.