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Quand 1,4 milliard d’habitants ne suffisent pas : l’étonnant paradoxe des géants absents du Mondial 2026

Ils représentent près de la moitié de l’humanité, pourtant ils ne fouleront pas les pelouses américaines, mexicaines et canadiennes l’été prochain. Avec l’extension historique du Mondial à 48 équipes, on aurait pu penser que les nations les plus peuplées de la planète saisiraient leur chance. C’est tout le contraire qui se produit : huit des dix pays les plus vastes du monde manqueront à l’appel en 2026.

Le cricket roi, le football parent pauvre : la domination d’un héritage colonial

Sur le sous-continent indien, le ballon rond n’a jamais vraiment trouvé sa place. Avec plus de 1,9 milliard d’habitants combinés, l’Inde, le Pakistan et le Bangladesh forment un réservoir humain colossal. Pourtant, aucune de ces trois nations n’a jamais participé à une phase finale de Coupe du monde.

L’Inde ne s’est qualifiée qu’en 1950 par défaut, avant de renoncer à participer, officiellement pour des raisons budgétaires et de préparation insuffisante. Depuis lors, les Blue Tigers n’ont jamais retrouvé le chemin du Mondial. Lors des éliminatoires pour 2026, l’équipe indienne a été stoppée au deuxième tour avec une seule victoire en six rencontres de groupe.

Le cricket écrase tout sur son passage. Cette discipline représente bien plus qu’un simple sport dans la région : c’est un véritable outil diplomatique, particulièrement entre l’Inde et le Pakistan. L’Indian Premier League génère des milliards de dollars et attire les plus grands joueurs internationaux. Comment le football pourrait-il rivaliser avec une telle machine économique et culturelle?

L’infrastructure footballistique demeure dramatiquement sous-développée. La ligue indienne est même suspendue faute d’avoir vendu ses droits commerciaux, plusieurs clubs ayant gelé leurs activités. Au Pakistan, la situation s’avère encore plus catastrophique : le pays n’a tout simplement plus de championnat national depuis la saison 2018-2019.

La Chine humiliée : quand l’ambition présidentielle se brise sur la réalité du terrain

Le cas chinois fascine et consterne à parts égales. Deuxième nation la plus peuplée avec 1,4 milliard d’habitants, la Chine occupe une humiliante 94ème place au classement FIFA. Elle a participé une seule fois à un Mondial en 2002, perdant ses trois matchs sans marquer le moindre but.

Le président Xi Jinping avait pourtant affiché des ambitions démesurées : se qualifier, accueillir puis remporter une Coupe du monde. Des milliards ont été investis, 70 000 terrains construits, le football rendu obligatoire dans les écoles. Des clubs comme Suning et Evergrande ont dépensé sans compter pour attirer des stars internationales.

Le réveil fut brutal. En juin 2025, la défaite contre l’Indonésie a officiellement éliminé la Chine des qualifications, première défaite contre cette équipe en 68 ans. La consternation a été immense. Sur les réseaux sociaux, de nombreux supporters ont appelé à la dissolution pure et simple de l’équipe nationale.

La réaction de la fédération chinoise? Créer une équipe nationale d’esport pour participer aux tournois virtuels organisés par la FIFA. Une pirouette qui a provoqué des réactions partagées, certains y voyant une capitulation en rase campagne, d’autres saluant le pragmatisme face à un secteur en pleine croissance dans le pays.

Nigeria : les Super Eagles terrassés en plein vol

L’Afrique devait être la grande gagnante de l’extension du Mondial à 48 équipes. Avec neuf places qualificatives au lieu de cinq, le continent pouvait légitimement espérer voir ses géants s’imposer. Pourtant, le Nigeria, nation la plus peuplée d’Afrique avec 239 millions d’habitants, manquera son deuxième Mondial consécutif.

La scène se déroule à Rabat, le 16 novembre dernier. En finale des barrages africains, les Super Eagles menaient face à la RD Congo avant de s’effondrer aux tirs au but. Chancel Mbemba, le défenseur lillois, a transformé le penalty décisif après que les deux gardiens aient réalisé cinq arrêts combinés.

Cette élimination interroge. Le Nigeria regorge de talents dispersés dans les championnats européens majeurs. Les jeunes générations brillent dans les compétitions mondiales des moins de 17 ans, que la sélection a remporté cinq fois. Mais quelque chose se brise au niveau sénior.

Des problèmes administratifs chroniques minent la sélection, les joueurs ayant boycotté un entraînement avant un match crucial à cause de primes impayées. La fédération nigériane semble incapable de transformer le potentiel brut en résultats concrets au plus haut niveau.

Indonésie et Philippines : la diaspora comme planche de salut

L’Indonésie, quatrième nation mondiale par sa population avec 286 millions d’habitants, n’a connu qu’une seule apparition en Coupe du monde : en 1938, sous le nom colonial de Indes néerlandaises orientales. Près d’un siècle plus tard, le pays tente de renouer avec cette histoire.

La stratégie? Recruter massivement dans la diaspora néerlandaise, où vivent 1,7 million de citoyens indonésiens. Lors du rassemblement d’octobre, 15 joueurs sur 23 étaient nés aux Pays-Bas. Cette approche a porté ses fruits : l’Indonésie a atteint le quatrième tour des éliminatoires asiatiques, une performance historique pour le football local.

Les Philippines, avec 117 millions d’habitants, ont emprunté un chemin similaire. Basketball et boxe dominent l’imaginaire sportif, héritage de la colonisation américaine. Dans les années 2010, la fédération a lancé une offensive de recrutement ciblant les joueurs d’origine philippine nés à l’étranger. Les frères Younghusband, formés à Chelsea, ont ainsi mené la sélection vers des sommets inédits.

Russie : l’absence la plus politique

Cas unique dans cette liste, la Russie ne souffre d’aucun problème structurel de football. Le pays a été suspendu de toutes les compétitions FIFA et UEFA depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022.

Avec 144 millions d’habitants, la Russie possède une culture footballistique solide. Hôte du Mondial 2018, elle avait atteint les quarts de finale. Ses clubs moscovites et le Zenit Saint-Pétersbourg brillaient en coupes d’Europe. Tout s’est arrêté brutalement.

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a évoqué en 2023 son espoir d’une réintégration prochaine, mais toute décision reste suspendue à l’évolution du conflit ukrainien. La Russie demeure ainsi le seul pays de cette liste dont l’absence n’est pas liée à une faiblesse footballistique.

Le paradoxe de l’expansion : plus de places, pas plus de diversité

L’ironie est cruelle. La FIFA a étendu le Mondial à 48 équipes précisément pour permettre à davantage de nations d’accéder à la compétition. Le président Gianni Infantino a défendu cette réforme comme un outil d’inclusion et de développement du football mondial.

Pourtant, malgré le doublement du nombre de participants depuis l’édition américaine de 1994, les géants démographiques restent sur le banc de touche. Le Cap-Vert, avec seulement 525 000 habitants, participera à son premier Mondial, tout comme la Jordanie et l’Ouzbékistan. Ces petites nations prouvent que la population n’a aucune corrélation avec la réussite footballistique.

Le football demeure un sport où l’infrastructure, l’organisation, la culture et l’investissement stratégique l’emportent sur la simple masse humaine. Les nations absentes du Mondial 2026 nous rappellent une vérité dérangeante : avoir un milliard d’habitants ne signifie rien si le ballon ne roule pas dans les bonnes conditions.

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