À quelques jours du grand rendez-vous du 5 décembre à Washington, la FIFA vient de dévoiler les quatre chapeaux dans lesquels seront répartis les 48 qualifiés pour la Coupe du monde 2026. L’équipe de France, placée dans le chapeau 1, connaîtra bientôt ses adversaires pour un Mondial qui s’annonce historique entre États-Unis, Canada et Mexique. Mais attention aux pièges, car certains barragistes pourraient bien semer la zizanie dans les groupes.
La France protégée, mais jusqu’à quand ?
Le verdict est tombé mardi. Les quatre nations les mieux classées au classement FIFA seront soumises à des contraintes pour garantir une répartition équilibrée. Concrètement, l’Espagne, première au classement mondial, et l’Argentine, championne du monde en titre, ne pourront se croiser avant une éventuelle finale. Même schéma pour la France et l’Angleterre, respectivement troisième et quatrième. Cette protection organisée par la FIFA vise à préserver un équilibre compétitif jusqu’aux derniers stades de la compétition, évitant ainsi que les ténors se neutralisent dès la phase de groupes ou les huitièmes de finale.
Mais ne nous y trompons pas. Ce statut de tête de série n’exclut pas les mauvaises surprises. Car si les Bleus éviteront les mastodontes comme le Brésil, le Portugal ou encore les Pays-Bas et la Belgique en phase de poules, ils devront composer avec des adversaires redoutables issus des chapeaux inférieurs. Et dans ce jeu-là, certaines nations font office d’épouvantails bien réels.
Le Maroc, un épouvantail bien réel dans le chapeau 2
Le Maroc, demi-finaliste en titre, se trouve dans le chapeau 2 et affrontera donc une équipe du chapeau 1. Voilà qui devrait faire réfléchir plus d’un sélectionneur. Les Lions de l’Atlas ne sont plus cette équipe de second rang qu’on écartait facilement lors des précédents tirages au sort. Leur parcours exceptionnel au Qatar en 2022, où ils ont bousculé l’ordre établi en atteignant les demi-finales, a marqué les esprits. Désormais 11e au classement FIFA, le Maroc fait partie de ces formations qui peuvent gâcher la fête aux plus grandes nations dès le premier tour.
Aux côtés du Maroc, le chapeau 2 regroupe d’autres adversaires de très grande qualité. La Croatie, finaliste en 2018 et demi-finaliste en 2022, possède l’expérience des grands rendez-vous. L’Uruguay, avec sa tradition historique et ses joueurs évoluant dans les plus grands championnats européens, reste une nation redoutée. La Colombie, la Suisse, le Japon et le Sénégal complètent un pot 2 qui n’a rien d’une formalité. Pour la France, hériter de l’un de ces adversaires pourrait déjà compliquer sérieusement le parcours.
D’autant que le chapeau 3 ne manque pas non plus de sélections capables de créer la surprise. L’Algérie, l’Égypte, la Tunisie, la Côte d’Ivoire ou encore l’Écosse figurent dans cette troisième catégorie. Des équipes qui n’ont certes pas le palmarès des grandes nations européennes ou sud-américaines, mais qui possèdent un collectif solide et une capacité à hausser leur niveau lors des grands événements.
L’Allemagne sauve in extremis sa place dans le chapeau 1
L’Allemagne a sauvé in extremis son statut de tête de série grâce à ses dernières victoires en éliminatoires. Longtemps menacée après son faux départ en Slovaquie, la Nationalmannschaft a terminé en trombe sa campagne de qualification pour préserver sa 10e place au classement FIFA. Ce statut de tête de série représente un avantage considérable pour les Allemands, qui éviteront ainsi les grosses cylindrées du football mondial lors de la phase de groupes. Mais le parcours des coéquipiers de Joshua Kimmich n’a pas été un long fleuve tranquille ces derniers mois.
Après une défaite surprenante 2-0 à Bratislava lors de la première journée des éliminatoires, l’Allemagne s’est retrouvée sous pression. Le sélectionneur Julian Nagelsmann a dû remettre son équipe dans le droit chemin avec des victoires capitales contre l’Irlande du Nord et le Luxembourg. La tension est restée vive jusqu’au dernier match, mais les Allemands ont finalement validé leur ticket pour le Mondial en première place de leur groupe, devançant la Slovaquie à la différence de buts.
Cette qualification directe permet à l’Allemagne d’éviter le piège des barrages en mars prochain. Un soulagement pour une nation qui a connu des tournois manqués ces dernières années : élimination dès le premier tour en 2018, défaite en huitièmes de finale à l’Euro 2021, nouveau premier tour raté en 2022. Le football allemand cherche à retrouver son lustre d’antan, et ce statut de tête de série pour le tirage au sort du 5 décembre constitue un premier pas dans la bonne direction.
L’Italie, le danger qui vient des barrages
Si l’Allemagne a échappé au pire, l’Italie n’a pas eu cette chance. L’Italie, quatre fois vainqueur de la Coupe du monde et 12e au classement FIFA, mais barragiste cette année, pourrait ainsi se retrouver, en cas de qualification, dans le quatrième chapeau comme l’équipe à éviter. Voilà qui devrait faire trembler les têtes de série. Car imaginez un instant tomber sur la Squadra Azzurra, championne d’Europe en 2021, dès la phase de groupes. Un scénario loin d’être impossible puisque tous les qualifiés des barrages, qu’ils soient européens ou intercontinentaux, seront automatiquement versés dans le chapeau 4.
La situation italienne illustre parfaitement les paradoxes de ce nouveau format à 48 équipes. Une nation au palmarès prestigieux, avec quatre titres mondiaux au compteur, se retrouve dans la même catégorie que des sélections comme Haïti, le Cap-Vert ou Curaçao. Tout cela à cause d’une lourde défaite 4-1 en Norvège qui a plombé le parcours de la Nazionale dans son groupe de qualification. Le tirage au sort des barrages, effectué le 20 novembre dernier, a placé l’Italie face à l’Irlande du Nord en demi-finale. Une affiche théoriquement abordable, mais qui ravive les pires cauchemars des tifosi.
Car l’Italie connaît bien le prix de l’échec dans ce type de confrontations. En 2017, la Suède avait privé les Italiens du Mondial russe. En 2022, la Macédoine du Nord avait réalisé l’exploit en éliminant la Squadra sur un but marqué dans les dernières minutes. Depuis 2014, l’Italie n’a plus foulé une pelouse de Coupe du monde en phase finale. Une absence qui pèse lourd pour une nation habituée à briller sur la scène internationale. Si elle parvient à se qualifier en mars, elle fera figure de piège redoutable dans le chapeau 4.
Un tirage au sort sous haute tension à Washington
Le rendez-vous est pris pour le 5 décembre au John F. Kennedy Center for the Performing Arts de Washington. À partir de 18 heures, heure de Paris, le monde entier aura les yeux rivés sur la capitale américaine. La cérémonie se tiendra à partir de 12h00 locales au Kennedy Center, le centre national culturel des États-Unis. C’est dans cette enceinte prestigieuse, récemment devenue un lieu emblématique de la présidence Trump, que les 48 nations qualifiées découvriront leur destin pour la phase de groupes.
Le président américain Donald Trump, qui a pris les commandes du Kennedy Center, n’a pas caché son enthousiasme pour l’événement. Lors de l’annonce officielle en août dernier, il s’était même amusé à demander au président de la FIFA, Gianni Infantino, s’il pouvait conserver le trophée pour décorer le Bureau ovale. Une anecdote qui témoigne de l’importance accordée par les États-Unis à cet événement planétaire. Le pays co-organisateur, aux côtés du Canada et du Mexique, entend bien faire de cette Coupe du monde un moment historique.
La procédure du tirage suivra un schéma précis. Les 12 équipes du chapeau 1 seront d’abord réparties dans les groupes de A à L. Le Mexique occupera automatiquement la position A1, le Canada la position B1, et les États-Unis la position D1, pour des raisons d’organisation et de calendrier. Ensuite viendront successivement les chapeaux 2, 3 et 4. Le lendemain, samedi 6 décembre, la FIFA dévoilera le calendrier complet des matchs avec les stades et les horaires. Une attente insupportable pour les supporters du monde entier.
Les barrages, dernière ligne droite vers le Mondial
Six billets restent encore à attribuer pour compléter le tableau des 48 qualifiés. Dix-huit nations sont actuellement en lice dans le cadre des barrages européens et intercontinentaux, qui ne s’achèveront qu’à la fin du mois de mars 2026. Pour l’Europe, 16 équipes se disputent quatre places dans un format éliminatoire direct particulièrement cruel. Quatre voies indépendantes ont été définies, avec des demi-finales programmées le 26 mars et des finales trois jours plus tard, le 31 mars.
L’Italie figure parmi les têtes de série du chapeau 1 aux côtés du Danemark, de la Turquie et de l’Ukraine. Ces quatre nations recevront en demi-finale un adversaire issu du chapeau 4, composé de la Roumanie, de la Suède, de la Macédoine du Nord et de l’Irlande du Nord. Des équipes repêchées via la Ligue des Nations qui n’ont rien à perdre et tout à gagner. La Suède, en particulier, cristallise les angoisses italiennes après l’élimination traumatisante de 2017.
Les barrages intercontinentaux se dérouleront au Mexique, dans les stades d’Akron à Guadalajara et du BBVA à Monterrey, entre le 23 et le 31 mars. Six équipes s’y affronteront pour deux places au Mondial : la Bolivie, le Suriname, la Jamaïque, la Nouvelle-Calédonie, l’Irak et la République démocratique du Congo. Un tournoi à élimination directe où chaque match peut basculer sur un détail. Ces deux qualifiés viendront compléter le chapeau 4 avec les quatre rescapés européens, créant potentiellement des groupes totalement imprévisibles.
Un format inédit qui chamboule les codes
Cette édition 2026 marque un tournant historique dans l’histoire de la Coupe du monde. Pour la première fois, 48 équipes participeront à la phase finale, contre 32 lors des éditions précédentes. Un élargissement voulu par la FIFA et son président Gianni Infantino, adopté en janvier 2017, qui modifie profondément la physionomie du tournoi. Fini les huit groupes de quatre équipes : place à 12 groupes de quatre formations. Les deux premiers de chaque poule seront qualifiés pour les phases à élimination directe, ainsi que les huit meilleurs troisièmes.
Ce nouveau format garantit un minimum de trois matchs à chaque sélection, mais rallonge considérablement la durée de la compétition. Du 11 juin au 19 juillet 2026, ce sont 104 rencontres qui seront disputées sur le sol nord-américain. Le match d’ouverture se tiendra au mythique stade Azteca de Mexico, tandis que la finale aura lieu au MetLife Stadium de New York, dans le New Jersey. Entre ces deux dates, 16 villes réparties dans les trois pays hôtes accueilleront les matchs : 11 aux États-Unis, trois au Mexique et deux au Canada.
Les contraintes géographiques et logistiques s’annoncent énormes. Les équipes devront composer avec des distances considérables entre les différentes villes hôtes. De Vancouver à Miami, de Mexico à Boston, les sélections vont enchaîner les voyages et devoir gérer les fuseaux horaires. La FIFA a promis d’organiser le calendrier de manière à minimiser la fatigue des joueurs, tout en tenant compte des impératifs de diffusion télévisuelle à travers le monde. Un casse-tête organisationnel qui pourrait bien influencer le déroulement de la compétition.
Les scénarios du meilleur et du pire pour les Bleus
Et si on jouait au jeu des prédictions ? Dans la configuration la plus favorable, l’équipe de France pourrait hériter d’adversaires comme l’Iran dans le chapeau 2, la Tunisie dans le chapeau 3, et Curaçao ou Haïti dans le chapeau 4. Un groupe largement à sa portée, qui permettrait aux Bleus de gérer tranquillement leur qualification pour les phases finales et de préparer sereinement la suite du tournoi. Kylian Mbappé et ses coéquipiers auraient alors tout le loisir de peaufiner leur jeu collectif sans subir de pression excessive.
Mais le football n’est jamais une science exacte, et le tirage au sort pourrait aussi réserver un scénario bien plus corsé aux champions du monde 2018. Imaginez un groupe réunissant la France, l’Uruguay du chapeau 2, l’Algérie du chapeau 3 et une Italie qualifiée via les barrages dans le chapeau 4. Là, les choses se compliqueraient sérieusement. Chaque match deviendrait une bataille, avec des équipes capables de hausser considérablement leur niveau face aux Bleus. La pression monterait d’un cran, et Didier Deschamps devrait gérer son effectif avec une précision chirurgicale.
Entre ces deux extrêmes, une multitude de combinaisons sont possibles. Le Maroc, la Croatie, la Colombie ou la Suisse dans le chapeau 2 représentent des adversaires respectables qui ne laisseront rien passer. Dans le chapeau 3, l’Égypte, l’Écosse ou le Paraguay peuvent également poser des problèmes. Et que dire du chapeau 4, qui pourrait réserver des pièges inattendus avec des équipes affamées comme le Ghana, la Jordanie ou les futurs qualifiés des barrages ? Le 5 décembre nous apportera toutes les réponses, mais d’ici là, les supporters français peuvent se laisser aller à tous les fantasmes.

