Vingt-neuf jours après avoir remis le Prix de la paix FIFA à Donald Trump lors du tirage au sort à Washington, Gianni Infantino se retrouve face à un dilemme explosif. Les États-Unis ont bombardé Caracas et capturé le président Nicolás Maduro le 3 janvier 2026. Cette intervention militaire rappelle l’invasion russe de l’Ukraine qui avait valu à la Russie une suspension totale des compétitions FIFA. À 159 jours du coup d’envoi, la question se pose : la FIFA appliquera-t-elle les mêmes sanctions aux États-Unis, pays co-organisateur du Mondial ?
Le bombardement de Caracas et ses répercussions
Dans la nuit du 3 janvier, les États-Unis ont mené une opération militaire à grande échelle contre le Venezuela. Donald Trump a annoncé sur Truth Social : « Les États-Unis ont exécuté avec succès une attaque contre le Venezuela et son dirigeant, Nicolás Maduro, qui a été capturé et sorti du pays par avion. »
L’objectif déclaré : transférer Maduro à New York pour le juger pour « narcoterrorisme ». Cette intervention unilatérale viole la souveraineté d’une nation sud-américaine. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a immédiatement condamné cette intervention.
Lors de la conférence de presse, Trump a ajouté une déclaration alarmante : « Les cartels gouvernent le Mexique, elle (Sheinbaum) ne gouverne pas ce pays. Il faudra faire quelque chose avec le Mexique. » Ce message envers l’un des co-organisateurs augmente la tension à six mois du Mondial. Comment organiser sereinement un tournoi quand l’un des pays hôtes menace ouvertement un autre ?
Que disent les règlements de la FIFA ?
Aucun article ne traite spécifiquement des interventions militaires. L’article 3 stipule que « la FIFA s’engage à respecter tous les droits humains reconnus internationalement ». L’article 4 interdit toute discrimination envers un pays. L’article 16 précise que seul le Congrès FIFA peut suspendre un membre, mais le Conseil FIFA peut suspendre provisoirement un membre qui viole gravement ses obligations.
La suspension de la Russie constituait un cas extraordinaire. Jamais auparavant la FIFA n’avait sanctionné un pays pour des conflits de politique extérieure. Les statuts mentionnent que l’organisation ne peut intervenir que si la fédération sportive est affectée, sans référence aux actions militaires.
Le précédent russe et la double mesure
Il y a trois ans, la Russie a envahi l’Ukraine. La FIFA, l’UEFA et le Comité olympique ont suspendu la sélection et tous les clubs russes de toutes les compétitions. Cette sanction reste en vigueur. Le parallèle avec l’intervention américaine semble évident : violation de souveraineté, action militaire unilatérale, capture d’un dirigeant.
La FIFA a déjà sanctionné des pays pour conflits. La Yougoslavie fut exclue en 1992, l’Allemagne en 1950. Pourtant, l’organisation n’applique pas ses règles uniformément. Le génocide à Gaza n’a entraîné aucune sanction contre Israël. Les conditions déplorables des travailleurs morts au Qatar 2022 n’ont suscité aucune réaction.
La FIFA mesure avec une double mesure : invasion de l’Ukraine (suspension totale), génocide à Gaza (silence), attaque contre le Venezuela (silence), Qatar 2022 (silence). Cette sélectivité pose la question : la FIFA défend-elle des valeurs universelles ou adapte-t-elle son éthique selon ses intérêts financiers ?
Pourquoi la sanction ne tombera probablement pas
À 159 jours du coup d’envoi, une sanction semble hautement improbable. Le 5 décembre à Washington, Gianni Infantino a remis personnellement à Trump un prix pour « ses contributions à la diplomatie mondiale ». Cette cérémonie, moins d’un mois avant le bombardement, illustre les liens privilégiés entre la FIFA et l’administration américaine.
Les États-Unis constituent le marché le plus lucratif pour la FIFA. Annuler ou déplacer le Mondial entraînerait des pertes astronomiques. De plus, remplacer un pays hôte six mois avant constitue une impossibilité logistique absolue. Stades, infrastructures, contrats, billets vendus : tout est verrouillé depuis des années.
L’Argentine et les autres sélections dans l’incertitude
La sélection argentine, tenant du titre, se prépare à défendre sa couronne à Dallas. Lionel Scaloni et ses joueurs se retrouvent spectateurs impuissants d’une crise qui pourrait théoriquement affecter leur participation.
Toutes les fédérations qualifiées surveillent la situation. Participer à un tournoi organisé par un pays ayant bombardé une nation souveraine quelques mois auparavant pose des questions éthiques. Certaines sélections pourraient théoriquement boycotter l’événement par solidarité avec le Venezuela.
La FIFA reste silencieuse. Infantino observe, calcule, tergiverse. Son inaction probable confirmera ce que beaucoup soupçonnent : les principes moraux de la FIFA s’appliquent sélectivement selon les intérêts en jeu. Le Mondial 2026 aura lieu, Trump assistera probablement à des matchs, et l’hypocrisie institutionnelle du football mondial atteindra de nouveaux sommets.
