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La Russie prépare-t-elle vraiment un Mondial parallèle pour les absents de 2026 ? Une initiative qui fait débat

Exclue de toute compétition internationale depuis février 2022 à cause de son invasion de l’Ukraine, la Russie tenterait selon plusieurs médias étrangers d’organiser une Coupe du monde alternative réunissant les nations non qualifiées pour le Mondial 2026. Mais cette information, relayée par des sources polonaises et argentines, est fermement démentie par la presse russe. Entre ambitions sportives et calcul diplomatique, ce projet hypothétique interroge autant qu’il divise.

Un tournoi parallèle pour contrer la FIFA et retrouver de la visibilité

Depuis que la FIFA et l’UEFA l’ont bannie en février 2022 suite à l’invasion de l’Ukraine, la Russie évolue dans une bulle footballistique. La sélection dirigée par Valeri Karpin, nommé à l’été 2021 après le fiasco de l’Euro, se contente de matchs amicaux contre des équipes de second rang, disputés hors des radars médiatiques internationaux. Pas de compétitions officielles, pas d’enjeux concrets, pas de revenus substantiels : la Sbornaïa vit entre parenthèses.

Les clubs russes subissent le même sort. Privés de Ligue des champions et de toute confrontation européenne, ils voient leurs budgets fondre et leurs meilleurs joueurs partir vers d’autres championnats. Cette marginalisation sportive se double d’un isolement politique sans précédent dans l’histoire récente du football mondial. La FIFA et l’UEFA maintiennent leur veto, et aucun signe concret d’assouplissement ne se dessine à l’horizon. Pourtant, selon plusieurs médias européens et sud-américains, la Fédération russe de football serait en train de préparer un coup spectaculaire : l’organisation d’une Coupe du monde parallèle à l’été 2026, simultanément au tournoi officiel organisé aux États-Unis, au Canada et au Mexique.

Le journal polonais Przeglad Sportowy et l’argentin La Derecha Diario affirment que Moscou travaille activement à monter ce contre-Mondial depuis plusieurs mois. Le concept ? Rassembler entre huit et douze nations qui n’ont pas obtenu leur billet pour le vrai Mondial et leur offrir une tribune alternative en juin prochain. Un format court mais symboliquement explosif, destiné à rappeler que la Russie existe encore et qu’elle dispose toujours des infrastructures nécessaires pour accueillir une compétition internationale de haut niveau.

Huit pays déjà contactés, tous liés à Moscou sur le plan diplomatique

Les médias qui relaient l’information parlent de huit équipes déjà invitées. Parmi elles figurent deux nations européennes : la Serbie et la Grèce, deux pays non qualifiés pour le Mondial 2026 dont les relations avec Moscou restent cordiales. En Amérique latine, le Chili, le Pérou et le Venezuela seraient également sur la liste. En Afrique, deux mastodontes absents de la phase finale ont été ciblés : le Nigeria et le Cameroun, tous deux possédant des bases de supporters immenses et des traditions footballistiques importantes. Enfin, la Chine complèterait ce groupe potentiel.

Ce qui frappe dans cette liste, au-delà du fait que toutes ces équipes ont raté la qualification, c’est la dimension géopolitique évidente. Tous ces pays entretiennent des relations diplomatiques continues avec la Russie. Certains, comme la Chine, le Venezuela et la Serbie, sont même considérés comme des alliés stratégiques du pays dirigé par Vladimir Poutine. Le tournoi ne serait donc pas seulement un événement sportif, mais un levier politique destiné à rompre l’isolement de Moscou et à montrer qu’un réseau d’alliances subsiste malgré les sanctions occidentales.

D’après certaines sources, la Russie espère réutiliser quatre des douze stades qui avaient brillé lors du Mondial 2018. À l’époque, le pays avait investi des milliards de roubles pour construire ou rénover des enceintes emblématiques comme le Stade Loujniki de Moscou (81 000 places), le Stade de Saint-Pétersbourg (68 000 places), la Kazan Arena ou encore la Samara Arena en forme de soucoupe volante. Ces infrastructures, toujours en état, permettraient d’organiser un événement crédible sur le plan logistique, même si l’ampleur médiatique et sportive resterait bien en deçà d’un Mondial officiel.

La Biélorussie, un modèle à suivre pour Moscou ?

L’ambition affichée par la Russie doit aussi être lue à l’aune de la situation régionale. La Biélorussie, elle aussi sanctionnée après avoir soutenu l’invasion russe, a récemment été réintégrée dans certaines compétitions européennes sous conditions strictes. Ce précédent alimente un optimisme prudent du côté russe : si Minsk a pu revenir, pourquoi pas Moscou à moyen terme ?

Le timing du projet russe n’est d’ailleurs pas anodin. Plusieurs sources évoquent l’existence d’un plan de paix en 28 points proposé par Donald Trump à Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky pour tenter d’esquisser une sortie de crise en Ukraine. Dans ce contexte mouvant, organiser un événement international parallèle pourrait constituer une forme de test diplomatique. Moscou évalue ainsi la réaction de la FIFA et cherche à démontrer qu’elle reste un acteur majeur sur la scène sportive mondiale, quitte à bousculer les lignes.

À huit mois du coup d’envoi du vrai Mondial, la fièvre monte déjà autour de l’édition 2026, qui passera pour la première fois à 48 participants. Quarante-deux pays sont déjà qualifiés, dont la France, tandis que les derniers billets se joueront en mars lors des barrages européens et intercontinentaux. En coulisses, le président de la FIFA Gianni Infantino multiplie les allers-retours vers Washington, où il travaille main dans la main avec le président américain Donald Trump sur les dispositifs logistiques, médiatiques et politiques du tournoi. Récemment, le pensionnaire de la Maison-Blanche a même accueilli Cristiano Ronaldo et Infantino lors d’une rencontre diplomatique avec une délégation d’Arabie saoudite.

Des démentis catégoriques en Russie, un silence suspect ailleurs

Là où l’affaire devient vraiment intrigante, c’est dans l’absence totale de confirmation officielle. Si plusieurs médias étrangers relaient l’information avec force détails, la presse russe, elle, reste étonnamment silencieuse. L’agence TASS, équivalent russe de l’AFP, n’en fait aucune mention. Le site spécialisé Sport24 non plus. Pour trouver une trace de cette rumeur dans les médias russes, il faut se tourner vers Sport-Express, qui cite une source interne à la RFU pour démentir vigoureusement toute volonté d’organiser un « Mondial des recalés » en juin 2026.

Et pour cause : du côté de la Fédération russe, on continue d’espérer une réintégration à moyen terme au sein de l’UEFA, comme l’a obtenu la Biélorussie. Organiser une compétition parallèle au Mondial officiel serait alors totalement contre-productif. Un tel geste reviendrait à enfoncer le clou de l’exclusion et à rendre encore plus compliquée toute perspective de retour dans le giron des instances internationales. Tant que le veto imposé par la FIFA et l’UEFA demeure, la Russie ne peut d’ailleurs légalement organiser un tournoi international impliquant des fédérations membres, même sous une forme amicale.

Pourtant, l’idée fait son chemin dans plusieurs capitales. En Afrique notamment, où le Nigeria et le Cameroun figurent parmi les équipes pressenties, les réactions sont contrastées. Ces deux géants du football africain, absents du Mondial 2026, pourraient y voir une opportunité de maintenir leurs joueurs en compétition et de tester de nouvelles configurations tactiques. Mais accepter de disputer un tournoi aussi étroitement lié à des enjeux politiques représente un risque diplomatique majeur pour plusieurs pays, qui craignent de s’aliéner l’Occident en soutenant indirectement Moscou.

Un projet flou qui pose de sérieuses questions logistiques et médiatiques

Au-delà de la dimension politique, se pose la question de la viabilité concrète d’un tel événement. Organiser un tournoi en parallèle du Mondial officiel risque de limiter considérablement l’intérêt des sponsors, des médias internationaux et des clubs, qui concentreront naturellement leur attention sur la compétition de la FIFA. Quel diffuseur accepterait de payer cher pour retransmettre un contre-Mondial alors que les plus grandes stars de la planète s’affrontent aux États-Unis ? Quelle multinationale voudrait associer son image à un événement politiquement sulfureux ?

Le calendrier pose également problème. Juin 2026, période évoquée pour ce tournoi russe, correspond précisément au mois d’ouverture du Mondial officiel. Les clubs européens seront en vacances, les joueurs en préparation avec leurs sélections qualifiées, et les yeux du monde rivés sur l’Amérique du Nord. Dans ce contexte, un tournoi parallèle aurait toutes les chances de passer inaperçu, sauf à miser sur une dimension médiatique provocatrice ou polémique.

En 2024, Moscou avait déjà imaginé relancer les Jeux de l’amitié, une sorte d’alternative aux Jeux olympiques destinée aux nations exclues des compétitions internationales. Ce projet, annoncé en grandes pompes, a finalement été abandonné en décembre de la même année, faute de soutiens concrets et de moyens financiers suffisants. La même mésaventure pourrait guetter ce prétendu Mondial des absents.

Un ballon d’essai diplomatique plus qu’un projet concret ?

À ce stade, tout reste au conditionnel. La Russie n’a rien officialisé. Aucune fédération n’a confirmé publiquement son intérêt. Le projet n’est qu’en phase de prospection, et dépendra autant d’enjeux sportifs que géopolitiques. Plusieurs sources évoquent même l’idée que cette information aurait été volontairement « lancée » pour tester les réactions de la FIFA et jauger l’appétit des nations non qualifiées pour une alternative au Mondial officiel.

Ce qui est certain, c’est que la Russie ne compte pas rester les bras croisés pendant que le reste du monde footballistique s’emballe pour le tournoi américain. Privée de visibilité depuis près de quatre ans, la Sbornaïa cherche des chemins alternatifs pour exister, quitte à bousculer les lignes diplomatiques du football mondial. Le football, et plus encore la Coupe du monde, reste un instrument de soft power inestimable. En cherchant à créer un événement international parallèle, Moscou rappelle qu’elle compte redevenir un acteur majeur de la scène sportive globale, coûte que coûte.

Si ce tournoi venait à se concrétiser, il constituerait une première dans l’histoire moderne du football. Jamais une nation sanctionnée n’avait tenté d’organiser un contre-Mondial en pleine édition officielle. Mais pour l’heure, entre démentis russes et rumeurs persistantes, le projet ressemble davantage à un ballon d’essai qu’à une réalité imminente. Reste à savoir si, dans les mois à venir, cette idée prendra corps ou s’effacera définitivement des radars.

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