Le 5 décembre prochain à Washington, la Colombie connaîtra enfin ses adversaires pour la Coupe du monde 2026. Classée dans le bombo 2, la sélection de Néstor Lorenzo affiche des ambitions légitimes après sa finale perdue en Copa América 2024, malgré un parcours qualificatif parsemé de doutes. Entre le génie imprévisible de James Rodríguez et la nouvelle vie munichoise de Luis Díaz, la Tricolor arrive au rendez-vous nord-américain avec un effectif aussi talentueux que mystérieux.
Un bombo 2 qui change tout pour les Cafeteros
La Colombie s’est installée dans le deuxième chapeau pour le tirage au sort organisé dans la capitale américaine, aux côtés d’équipes redoutables comme la Croatie, le Maroc, l’Uruguay ou encore le Japon. Cette position garantit à la sélection colombienne d’affronter au moins l’une des grandes nations du football mondial : l’Espagne, la France, l’Angleterre, le Portugal, les Pays-Bas, la Belgique ou l’Allemagne figurent au bombo 1, sans oublier les trois pays hôtes automatiquement têtes de série.
Paradoxalement, ce placement évite aussi quelques pièges. La Colombie ne croisera ni l’Argentine ni le Brésil en phase de groupes, et échappera également au Paraguay, selon les règles de la FIFA qui interdisent d’affronter deux équipes sud-américaines lors du premier tour. Une configuration qui pourrait sourire à la bande de Lorenzo, même si le football ne pardonne jamais les excès de confiance.
L’objectif affiché reste simple sur le papier : retrouver le dernier carré. Rien de moins. La Colombie compte bien prouver que sa participation en finale de la dernière Copa América n’était pas un coup du hasard, mais l’expression d’un collectif mature capable de rivaliser avec n’importe qui.
Quand Luis Díaz devient bavarois et que Liverpool pleure
Quelle trajectoire que celle de Luis Díaz. Le Colombien a quitté Liverpool pendant l’été 2025 pour rejoindre le Bayern Munich, provoquant un véritable séisme dans la Mersey. À 28 ans, l’attaquant guajiro s’apprête à vivre son premier Mondial, lui qui a brillé toute la saison dernière en Premier League avant de choisir l’aventure allemande.
Son départ a suscité la controverse à Anfield, certains anciens joueurs estimant que Liverpool avait commis une énorme erreur. Avec onze buts et cinq passes décisives depuis son arrivée en Bavière, Díaz prouve chaque week-end que son talent n’a rien perdu de son éclat. Sa capacité à éliminer dans les espaces restreints, son sens du but et son explosivité font de lui le joueur franquicia de la Colombie, celui autour duquel s’articule toute l’animation offensive.
Pour les supporters colombiens, l’enjeu est immense : voir enfin leur joyau briller sous les projecteurs d’un Mondial après avoir manqué celui du Qatar. Si Díaz retrouve son niveau de la Copa América 2024, où il couronnait symboliquement James Rodríguez après chaque but du meneur de jeu, la Colombie pourrait réserver de belles surprises.
James Rodríguez, le capitaine sans club qui défie le temps
Voilà bien le paradoxe colombien incarné. James Rodríguez s’apprête à devenir agent libre après son passage au Club León du Mexique, et cherche activement un nouveau point de chute. À 34 ans, le milieu offensif vit une situation professionnelle précaire, mais son statut en sélection demeure intouchable.
Avec deux buts inscrits lors des récents amistoires contre la Nouvelle-Zélande et l’Australie, James n’est plus qu’à cinq réalisations du record historique de Radamel Falcao García. Un record qu’il pourrait pulvériser dès les premiers matchs du Mondial 2026, scellant ainsi définitivement sa légende dans l’histoire du football colombien.
Néstor Lorenzo l’a bien compris : James reste indispensable, malgré son nomadisme footballistique et ses passages éclairs dans des clubs de second plan. Son intelligence de jeu, sa vision périphérique exceptionnelle et sa capacité à créer du déséquilibre dans les défenses adverses compensent largement son manque de constance en club. Mais combien de temps encore ?
Le sélectionneur argentin a d’ailleurs publiquement demandé à son capitaine de trouver rapidement un employeur qui lui garantira du temps de jeu. Sans rythme compétitif, même le génie de James pourrait s’émousser face aux rigueurs d’une compétition mondiale. La MLS américaine semble une destination probable, bien que certaines portes se soient déjà fermées.
Lorenzo, l’architecte discret d’une renaissance inattendue
Nommé en juin 2022 après l’échec cuisant des éliminatoires pour le Qatar, Néstor Lorenzo a transformé la Colombie en prétendant sérieux. Ancien assistant de José Pékerman pendant quinze ans, l’Argentin s’était fait les dents comme entraîneur principal au Melgar du Pérou, une expérience modeste qui suscitait le scepticisme lors de sa nomination.
Pourtant, Lorenzo a mené la sélection en finale de la Copa América 2024 après vingt-trois ans d’absence à ce stade de la compétition, accumulant vingt-huit matchs consécutifs sans défaite. Un accomplissement historique qui lui a valu le titre de meilleur sélectionneur du tournoi continental.
Son approche tactique privilégie un football vertical et offensif, où les extérieurs comme Díaz prennent une importance capitale. Lorenzo a réussi là où d’autres ont échoué : faire cohabiter les anciens (James, Ospina) avec une nouvelle génération affamée de titres. Cette alchimie pourrait-elle tenir face aux titans européens et sud-américains du Mondial 2026 ?
Une génération face à son dernier défi mondial
Ce Mondial nord-américain représente sans doute la dernière chance pour plusieurs cadres colombiens. David Ospina, 37 ans au moment du tournoi, James Rodríguez à 35 ans, et même Jefferson Lerma à 32 ans vivront probablement leur ultime aventure planétaire sous le maillot jaune.
En face, la jeunesse pousse. Yaser Asprilla, 21 ans, s’affirme à Gérone et représente l’avenir de l’attaque colombienne. Richard Ríos au milieu, Jhon Lucumí en défense centrale : autant de profils qui montent en puissance et garantissent une certaine fraîcheur dans le onze type de Lorenzo.
Cette coexistence entre expérience et audace fait la force de la Colombie actuelle. Mais elle pose aussi une question : jusqu’où cette équipe peut-elle aller sans avoir vraiment conquis de titre majeur depuis la Copa América 2001 ?
Le parcours qualificatif en dents de scie
La route vers 2026 n’a pas été un long fleuve tranquille. Après un démarrage canon, la Colombie a connu une série de six matchs sans victoire qui a semé le doute. Puis est venue la délivrance : une démonstration contre la Bolivie à domicile a scellé la qualification directe avec une certaine aisance.
Entre-temps, la Tricolor a réalisé quelques exploits retentissants : un succès 4-0 face au Mexique en territoire américain, une victoire historique contre le Brésil en éliminatoires, et même un triomphe amical contre l’Allemagne. Des références qui prouvent que cette sélection possède les armes pour inquiéter quiconque lors d’un grand soir.
Un héritage historique à prolonger
L’histoire de la Colombie en Coupe du monde comporte quelques perles rares, à commencer par ce match légendaire contre l’URSS en 1962, où les Cafeteros ont remonté un déficit de trois buts pour arracher un nul 4-4. Cette rencontre comprenait même un but olympique unique dans l’histoire des Coupes du monde, signé Marcos Coll contre le mythique Lev Yachine.
Plus récemment, le quart de finale atteint au Brésil en 2014 reste l’apogée de la sélection colombienne dans la compétition. C’était l’époque où James explosait aux yeux du monde entier avec six buts et le titre de meilleur joueur du tournoi. Dix-deux ans plus tard, pourra-t-il encore incarner cette magie cafetière sur les pelouses nord-américaines ?
Le sorteo du 5 décembre apportera des réponses cruciales. Mais une chose semble certaine : la Colombie ne viendra pas en Amérique du Nord pour faire de la figuration. Avec Lorenzo aux commandes, Díaz en pointe et James orchestrant le jeu, les Cafeteros ont tous les ingrédients pour créer la surprise. Reste à savoir si cette génération dorée saura enfin transformer l’essai.
