À quelques jours du tirage au sort prévu le 5 décembre à Washington, l’équipe nationale américaine se prépare à vivre un moment historique. Qualifiés d’office en tant que pays organisateur, les Américains vont découvrir leurs adversaires de groupe et espèrent transformer l’avantage du terrain en performances mémorables. Mais entre les ambitions affichées par Mauricio Pochettino et la réalité du terrain, le fossé reste important.
Le tirage au sort, une étape cruciale dans la préparation
Le rendez-vous est fixé au Centre John F. Kennedy pour les arts scéniques de Washington, ce 5 décembre. Les États-Unis figureront dans le chapeau numéro un aux côtés des grandes puissances mondiales, bénéficiant de leur statut de nation hôte. Cette position privilégiée leur évitera de croiser l’Argentine, le Brésil, la France ou l’Espagne dès la phase de poules.
Le mécanisme du tirage suivra le style traditionnel qui évite les confrontations entre équipes d’une même confédération, sauf pour l’UEFA qui peut placer deux sélections européennes dans un même groupe. Les Américains, positionnés automatiquement dans le groupe D, connaîtront bientôt l’identité des trois adversaires qui composeront leur poule.
Cette configuration représente une chance inespérée. Contrairement aux éditions précédentes où il fallait arracher sa qualification dans d’âpres éliminatoires, cette fois-ci, la sélection étoilée peut se concentrer uniquement sur sa préparation tactique et physique.
Pochettino et son pari audacieux sur l’avenir
Depuis sa nomination en septembre 2024, Mauricio Pochettino n’a cessé de hausser le ton. L’ancien entraîneur du PSG et de Tottenham a déclaré que les États-Unis devaient croire qu’ils pouvaient gagner, pas seulement un match, mais la Coupe du monde. Une déclaration qui a fait l’effet d’une bombe dans le paysage footballistique américain.
Le technicien argentin, formé à l’école exigeante de Marcelo Bielsa, arrive avec des références impressionnantes : finaliste de la Ligue des champions 2019 avec Tottenham, expériences au PSG et Chelsea. Son discours volontariste trouve un écho favorable auprès d’une génération de joueurs américains qui évoluent désormais dans les plus grands championnats européens.
Pochettino évoque la construction prochaine d’un centre d’entraînement exceptionnel à Atlanta, qui sera l’un des plus incroyables au monde. Pour lui, c’est le moment où les gens comprendront que le football américain est devenu un sport sérieux. Mais cette vision ambitieuse fait-elle mouche auprès des observateurs ?
Les sceptiques rappellent que cette sélection n’a jamais dépassé les quarts de finale dans son histoire mondialiste, un sommet atteint en 2002. L’été dernier, elle a même été éliminée dès la phase de poules de la Copa América 2024, pourtant organisée à domicile. Alors, ambition légitime ou simple effet d’annonce ?
Une génération dorée en devenir
La force de cette équipe américaine réside dans son nouveau visage européen. Christian Pulisic, vedette de l’AC Milan et capitaine emblématique à 27 ans, incarne cette montée en puissance. Formé au Borussia Dortmund, passé par Chelsea, il représente aujourd’hui le symbole d’une génération qui a franchi le pas vers l’élite continentale.
Weston McKennie s’impose comme un rouage essentiel de la Juventus. Giovanni Reyna, malgré des pépins physiques récurrents, fait briller son talent au Borussia Mönchengladbach. Ces profils apportent une dimension tactique et une maturité que les sélections américaines précédentes ne possédaient pas.
Mais Pochettino refuse toute certitude. Le sélectionneur a prévenu que personne ne peut se sentir à l’abri, même des noms comme Pulisic ou Tyler Adams. Cette gestion exigeante vise à maintenir une émulation permanente au sein du groupe. Le message est clair : la fédération est plus importante que les individualités.
Dans les buts, une révélation fait parler d’elle. Diego Kochen, jeune portier américain de 19 ans, évolue dans le système du FC Barcelone. Hansi Flick, l’entraîneur du Barça, apprécie particulièrement le sérieux et le potentiel de Kochen. Ce gardien né à Miami a même été rappelé en urgence depuis le Mondial U20 pour pallier les absences au club catalan, preuve de sa progression fulgurante.
Des résultats encourageants mais encore fragiles
Les dernières sorties de la formation américaine ont suscité des espoirs mesurés. En novembre, elle a dominé le Paraguay (2-1) puis écrasé l’Uruguay (5-1), deux nations sud-américaines réputées. Ce succès a été obtenu sans plusieurs cadres, dont Christian Pulisic ou Weston McKennie, ce qui témoigne d’une certaine profondeur d’effectif.
Mais ce tableau flatteur cache des zones d’ombre. En octobre, les Américains ont concédé un match nul contre l’Équateur (1-1) et ont été surpris par la Corée du Sud (2-0) en septembre. Ces performances en dents de scie interrogent sur la capacité de cette sélection à maintenir un niveau constant face à des adversaires relevés.
L’équipe pratique un football moderne, basé sur la possession intelligente. Le schéma tactique en 4-2-3-1 permet d’établir des connexions fluides entre les lignes et favorise les sorties rapides sur les côtés. L’intensité dans la récupération du ballon constitue également une marque de fabrique des équipes dirigées par Pochettino.
Le poids de l’histoire et l’effet domicile
Los Angeles accueillera huit rencontres de la Coupe du monde 2026, la ville californienne sera la première cité américaine à accueillir un match lorsque l’équipe nationale masculine foulera la pelouse du SoFi Stadium d’Inglewood le 12 juin. Cette ouverture sur le sol américain créera une pression supplémentaire mais aussi une opportunité unique.
La dernière fois que les États-Unis ont organisé un Mondial remonte à 1994. À l’époque, la sélection avait atteint les huitièmes de finale avant de s’incliner face au Brésil. Cette édition avait marqué un tournant dans l’histoire du football américain, accélérant la création de la MLS et popularisant le sport auprès du grand public.
En 1930, lors de la toute première Coupe du monde, les Américains avaient créé la surprise en atteignant les demi-finales. En 1950, ils avaient signé l’une des victoires les plus retentissantes de l’histoire en battant l’Angleterre (1-0). Depuis 1990, ils ont manqué une seule édition, celle de Russie 2018. Leur meilleur parcours moderne reste les quarts de finale de 2002.
Un objectif réaliste : passer le premier tour
Compte tenu de l’évolution du football américain et de l’avantage domicile, le minimum syndical consiste à franchir la phase de groupes. Tout ce qui viendra ensuite sera considéré comme un bonus appréciable. Mais peut-on vraiment imaginer cette équipe bousculer les hiérarchies établies ?
Près de 2 millions de tickets pour la Coupe du monde 2026 ont été vendus lors des deux premières phases de vente, témoignant d’un engouement massif. Le public américain attend beaucoup de ses joueurs. L’atmosphère des stades pourrait constituer un douzième homme précieux, capable de pousser la sélection vers des exploits inattendus.
Pochettino sait qu’il dispose d’un peu plus de six mois pour peaufiner son dispositif. Sa philosophie de jeu, exigeante sur le plan physique et tactique, nécessite du temps pour être pleinement assimilée. Les prochaines fenêtres internationales seront décisives pour affiner les automatismes et définir la liste définitive des 26 joueurs.
Le tirage du 5 décembre apportera des réponses cruciales. Tomber dans un groupe abordable permettrait aux États-Unis de se projeter sereinement vers les phases à élimination directe. À l’inverse, hériter d’adversaires coriaces dès le premier tour pourrait rapidement refroidir les ardeurs et ramener tout le monde à la réalité.
