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Coupe du monde 2026 : le Canada face au défi financier de l’organisation

Pour la première fois de son histoire, le Canada accueillera des matchs de la Coupe du monde en 2026, aux côtés des États-Unis et du Mexique. Mais à Toronto, l’une des deux villes canadiennes retenues avec Vancouver, les préparatifs révèlent des tensions budgétaires importantes. Entre négociations serrées avec la FIFA et incertitude sur le financement provincial, les organisateurs avancent prudemment pour éviter un gouffre financier une fois le tournoi terminé.

Des négociations tendues avec la FIFA

Sharon Bollenbach, directrice exécutive de la Coupe du monde 2026 à Toronto, ne cache pas les difficultés rencontrées. « Prendre la décision d’accueillir un Mondial est une décision très audacieuse », confie-t-elle à l’AFP. Les grandes villes doivent parfois faire des choix importants qui ne plaisent pas forcément à tout le monde. Cette franchise traduit une réalité complexe : organiser le premier tournoi à 48 équipes et 104 matchs implique des exigences sans précédent.

Les points de friction avec la FIFA ne manquent pas. L’instance mondiale du football souhaitait initialement que Toronto construise trois nouveaux terrains d’entraînement. La ville a refusé net, arguant d’une perspective budgétaire intenable. Finalement, après d’intenses tractations, un seul terrain sera construit. « Nous voulions nous assurer que si nous construisions des installations, elles seraient réellement utilisées », explique Bollenbach. Cette approche pragmatique résume l’état d’esprit canadien face aux demandes parfois démesurées de la FIFA.

Un budget maîtrisé mais incertain

Toronto table sur un budget d’environ 380 millions de dollars canadiens, soit 277 millions de dollars américains. Une somme qui peut sembler importante, mais qui reste contenue grâce à l’absence de grands projets d’infrastructure. Les matchs se dérouleront au BMO Field rénové, domicile du Toronto FC en MLS, évitant ainsi la construction d’un nouveau stade.

Le véritable casse-tête vient d’ailleurs. La ville a dû signer l’accord d’organisation avec la FIFA avant même d’obtenir les engagements financiers de la province de l’Ontario. Le tournoi débute en juin 2026, mais l’accord de financement provincial reste en suspens. Ces négociations budgétaires entre Toronto et l’Ontario alimentent une controverse permanente dans la politique canadienne. « Les conversations continuent », admet prudemment Bollenbach, reconnaissant des « allers-retours en coulisses ».

Vancouver dans une situation encore plus délicate

Si Toronto navigue en eaux troubles, Vancouver affronte des défis encore plus importants. Les coûts estimés y sont supérieurs, notamment en raison des rénovations nécessaires au stade BC Place. Le secteur privé de cette ville côtière s’inquiète également du manque d’espace hôtelier pour accueillir les visiteurs. Comment absorber un afflux massif de supporters sans infrastructure suffisante ? La question reste entière et les médias locaux relaient régulièrement ces préoccupations.

Un tourisme favorisé par les politiques américaines ?

Les organisateurs canadiens anticipent un scénario inattendu. Les projections initiales tablaient sur 300 000 visiteurs à Toronto pendant le tournoi. Mais ce chiffre pourrait grimper significativement. La raison ? Les politiques migratoires strictes de Donald Trump pourraient détourner certains supporters vers le Canada plutôt que les États-Unis.

Trump a beau promettre que tous les fans seront bienvenus, les faits racontent une autre histoire. Les opérations d’immigration musclées ont refroidi l’enthousiasme touristique. Tourism Economics, cabinet de recherche spécialisé, prévoyait en août une baisse de 8,2% des arrivées internationales aux États-Unis en 2025, citant « une perception négative des voyageurs à l’échelle mondiale ». « Je pense que c’est ce que ressentent les gens, même sans lien avec le Mondial », reconnaît Bollenbach, jugeant « prudent » de se préparer à recevoir davantage de visiteurs fuyant les États-Unis.

Le sorteo comme révélateur des enjeux

Toronto découvrira quelles équipes elle accueillera lors du tirage au sort à Washington la semaine prochaine. Le Premier ministre canadien Mark Carney y assistera aux côtés du président américain Donald Trump. Ce rendez-vous permettra d’affiner les projections de visiteurs et d’ajuster la logistique en conséquence.

Contrairement aux États-Unis, qui ont déjà organisé le Mondial en 1994, ou au Mexique, hôte en 1970 et 1986, le Canada découvre l’ampleur de la tâche. Treize matchs seulement se dérouleront sur son sol, contre l’essentiel du tournoi aux États-Unis. Mais même cette portion congrue représente un défi organisationnel et financier considérable pour un pays néophyte en la matière.

Les prochains mois diront si Toronto et Vancouver ont vu juste en pariant sur la prudence budgétaire. Dans un peu plus de six mois, le coup d’envoi sera donné. Bollenbach promet que la ville « sera prête ». Reste à savoir à quel prix.

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