Alors que le premier match du Mondial 2026 approche à grands pas, une tempête politique menace de bouleverser l’organisation du plus grand événement sportif de la planète. Des parlementaires britanniques réclament l’exclusion pure et simple des États-Unis, principal pays hôte, tandis que des milliers de supporters qualifiés se voient refuser l’accès au territoire américain. Une polémique qui prend de l’ampleur à cinq mois du coup d’envoi.
Un appel sans précédent au parlement britannique
L’affaire a éclaté mi-janvier lorsque la BBC a révélé qu’un groupe de 23 députés issus de quatre formations politiques différentes – les Travaillistes, les Libéraux-démocrates, les Verts et le Plaid Cymru – avait déposé une motion explosive au parlement. Leur demande ? Que les instances sportives internationales envisagent sérieusement d’exclure les États-Unis des grandes compétitions mondiales, à commencer par la Coupe du monde 2026 qu’ils sont censés co-organiser avec le Canada et le Mexique.
Les signataires ne mâchent pas leurs mots. Pour eux, le tournoi « ne devrait pas servir à légitimer ou normaliser les violations du droit international par des États puissants ». Une position qui fait directement référence aux récentes actions militaires menées par Washington au Venezuela et au Nigeria, ainsi qu’aux menaces d’interventions évoquées contre le Groenland, la Colombie et l’Iran.
Ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à une telle levée de boucliers diplomatique contre un pays hôte d’une Coupe du monde. Même la Colombie, seul pays à s’être désisté avant d’organiser un Mondial, l’avait fait volontairement en 1986 pour raisons économiques, avant que le tournoi ne soit déplacé vers le Mexique.
Des restrictions de visa qui paralysent l’accès au tournoi
Au-delà des considérations géopolitiques, c’est sur le terrain concret de l’immigration que le bât blesse le plus. Depuis juin dernier, l’administration Trump a instauré des restrictions d’entrée visant les ressortissants de 39 pays, dont quatre nations qualifiées pour le Mondial : Haïti, l’Iran, le Sénégal et la Côte d’Ivoire. À cela s’ajoute une suspension des visas d’immigration pour pas moins de 75 pays, entrée en vigueur le 21 janvier.
La situation est particulièrement cruelle pour Haïti, qui se qualifie pour une Coupe du monde pour la première fois depuis plus de cinquante ans. Imaginez l’ironie : l’équipe peut fouler les pelouses américaines, mais ses supporters ne le peuvent pas. Les joueurs haïtiens évolueront devant des tribunes où leurs compatriotes brilleront par leur absence.
Le cas du Sénégal illustre tout autant l’absurdité de la situation. Les Lions de la Teranga affronteront la France le 16 juin au MetLife Stadium, cette enceinte de 82 500 places située dans le New Jersey, à vingt minutes seulement de Manhattan. Un match à l’affiche exceptionnelle, programmé en plein après-midi… mais combien de supporters sénégalais pourront réellement s’y rendre ?
Quand le football se heurte à la politique migratoire
Les chiffres donnent le tournis. Selon plusieurs médias, jusqu’à 17 000 détenteurs de billets auraient déjà annulé leur voyage vers l’Amérique du Nord, invoquant des préoccupations liées à la sécurité. On parle ici de supporters qui ont dépensé des sommes considérables pour vivre leur rêve footballistique, et qui finalement renoncent.
Andrew Giuliani, directeur de la task force pour la Coupe du monde 2026, maintient que « la sécurité reste la priorité absolue » et que les décisions de visa relèvent avant tout de la sécurité nationale. Une position défendue également par Tommy Pigott, porte-parole du département d’État, qui précise dans un communiqué transmis à CNN que les restrictions visent à « empêcher l’entrée de ressortissants étrangers susceptibles de bénéficier d’aides sociales et de prestations publiques ».
Paradoxalement, la FIFA et son président Gianni Infantino continuent d’affirmer que l’édition 2026 sera « la plus belle et la plus inclusive de l’histoire ». L’instance a même lancé un FIFA Pass en collaboration avec le gouvernement américain, censé permettre aux supporters munis de billets d’obtenir un rendez-vous accéléré pour leurs démarches de visa. Une initiative qui semble bien dérisoire face à l’ampleur des restrictions.
Cerise sur le gâteau du cynisme : Donald Trump a récemment reçu le premier prix FIFA « pour la paix » de l’histoire, remis personnellement par Infantino. Difficile de ne pas y voir une forme de complaisance.
Le Royaume-Uni en solution de rechange ?
Face à ce bourbier, des voix s’élèvent pour proposer une alternative radicale. Jeff Stelling, ancien présentateur vedette de Sky Sports, n’a pas hésité à suggérer sur les réseaux sociaux que le Royaume-Uni pourrait reprendre le flambeau. « Totalement d’accord », a-t-il tweeté en réponse à un utilisateur dénonçant l’irresponsabilité de la FIFA. « Ils devraient examiner des alternatives comme le Royaume-Uni, pour être honnête ».
L’idée n’est pas si farfelue qu’elle en a l’air. Le royaume a déjà accueilli la Coupe du monde 1966, quand l’Angleterre avait triomphé de l’Allemagne de l’Ouest 4-2 à Wembley, grâce au légendaire triplé de Geoff Hurst et au but de Martin Peters. Plus récemment, l’Euro 1996 s’y est déroulé avec succès, et plusieurs rencontres de l’Euro 2020 (disputé en 2021), dont la finale, ont été organisées sur le sol britannique. D’ailleurs, l’Euro 2028 se jouera à travers le Royaume-Uni et la République d’Irlande.
Les infrastructures sont là, l’expérience aussi. Mais peut-on vraiment organiser une Coupe du monde à 48 équipes – la première de l’histoire à cette échelle – en seulement quelques mois ? La logistique serait titanesque.
Un tournoi sous haute tension
À l’heure actuelle, la FIFA n’a émis aucun commentaire officiel sur cette affaire brûlante. Le silence de Zurich est assourdissant. Les 11 villes américaines choisies pour accueillir les matchs – Atlanta, Boston, Dallas, Houston, Kansas City, Los Angeles, Miami, New York/New Jersey, Philadelphie, Seattle et San Francisco – se préparent à recevoir 78 des 104 rencontres du tournoi.
La grande finale est programmée pour le 19 juillet au MetLife Stadium, cette arène qui sera rebaptisée « stade New York – New Jersey » pendant la compétition, puisque l’assureur MetLife n’est pas sponsor officiel de la FIFA. Mais cette finale aura-t-elle vraiment lieu dans le New Jersey ? Ou ailleurs, dans des conditions encore à déterminer ?
Les équipes se sont déjà projetées. L’équipe de France a réservé ses quartiers au Four Seasons de Boston, en plein centre-ville, et prévoit de s’entraîner dans les installations locales. Les délégations planifient leurs déplacements, les supporters organisent leurs voyages. Mais cette immense machine pourrait-elle dérailler ?
Le tirage au sort effectué le 5 décembre dernier au Kennedy Center de Washington a dessiné les contours des phases de poules. Douze groupes de quatre équipes s’affronteront, avec des chocs annoncés : Brésil-Maroc le 13 juin pour ouvrir le bal au MetLife, France-Sénégal trois jours plus tard dans la même enceinte, Équateur-Allemagne le 25 juin… Des affiches qui promettaient l’extase. Aujourd’hui, elles soulèvent surtout des interrogations.
Les semaines à venir s’annoncent décisives. Soit la pression internationale pousse à un assouplissement des mesures migratoires, soit le tournoi se jouera dans une ambiance de tension inédite pour une compétition mondiale. À 146 jours du coup d’envoi, l’incertitude règne. Et dans le football comme en politique, cinq mois peuvent sembler une éternité… ou passer en un éclair.
