La FIFA aurait dû souffler. À cent jours du premier match, le tournoi le plus ambitieux de l’histoire du football se retrouve au cœur d’une série de crises simultanées. Menace de retrait de l’Iran après les frappes américaines et israéliennes, insécurité au Mexique, financement bloqué pour les villes hôtes américaines, tarifs des billets qui font scandale : le compte à rebours ressemble davantage à une liste de problèmes qu’à une fête annoncée.
L’Iran va-t-il participer ?
C’est la question qui monopolise les conversations depuis le week-end du 1er mars 2026. Les États-Unis et Israël ont frappé l’Iran, et le président de la Fédération iranienne de football, Mehdi Taj, a déclaré à la télévision nationale qu’il était « loin de nos espérances de regarder la Coupe du monde avec espoir ». Aucune décision formelle de retrait n’a été annoncée, mais l’incertitude est réelle.
L’Iran joue ses deux premiers matchs à Los Angeles — ville qui abrite l’une des plus grandes diasporas iraniennes du monde — contre la Nouvelle-Zélande et la Belgique, puis contre l’Égypte à Seattle. Le problème dépasse le cadre sportif : les supporters iraniens font face à un interdiction d’entrée sur le territoire américain, une restriction qui s’applique aussi aux ressortissants du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et d’Haïti — trois autres nations qualifiées. La FIFA, par la voix de son secrétaire général Mattias Grafstrom, s’est contentée d’indiquer qu’elle « continuerait à surveiller les développements ».
Le Mexique, entre cartel et football
Le mois dernier, les autorités mexicaines ont tué Nemesio Oseguera Cervantes, chef du cartel Jalisco Nueva Generación. Sa mort a déclenché une vague de violences dans plusieurs États, dont le Jalisco — précisément là où quatre matches sont prévus à Guadalajara. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a assuré qu’il n’y aurait « aucun risque » pendant la compétition, et Gianni Infantino a affiché sa « totale confiance » dans le pays.
Ce genre de déclaration préventive n’est pas nouveau. Les mêmes inquiétudes ont précédé le Mondial 2010 en Afrique du Sud et celui de 2014 au Brésil. Les deux tournois s’étaient déroulés sans incident majeur. Mais la proximité géographique des stades avec les zones touchées par les violences de cartel rend la comparaison moins rassurante qu’il n’y paraît.
Les villes américaines attendent toujours leur argent
Les onze villes hôtes américaines n’ont pas encore reçu les 625 millions de dollars de financement fédéral prévus pour les coûts de sécurité. Ces fonds devaient être versés par le Département de la Sécurité intérieure via la FEMA. Or, une partie du personnel de l’agence est en congé administratif à la suite d’un blocage budgétaire partiel.
Ray Martinez, directeur opérationnel du comité organisateur de Miami, a déclaré devant le Congrès que « sans ces fonds, les conséquences pourraient être catastrophiques pour notre planification ». La Maison Blanche n’a pas répondu aux questions de la presse sur le sujet. Pour des villes comme Foxborough ou Miami, qui ont engagé des dépenses logistiques depuis des mois, l’attente devient concrètement problématique.
Des billets hors de portée
La FIFA a appliqué les tarifs les plus élevés de l’histoire du tournoi, avec un système de tarification dynamique qui a fait grimper les billets pour la finale au MetLife Stadium jusqu’à environ 8 000 dollars l’unité lors de la deuxième vague de ventes — contre 6 300 dollars lors de la première. En euros, on parle de billets entre 5 800 et 7 400 euros pour un seul match.
La FIFA affirme avoir reçu plus de 500 millions de demandes lors de la dernière fenêtre de vente. Ce chiffre n’est pas vérifié de façon indépendante, et il est difficile de savoir si la demande concerne l’ensemble des 104 matchs ou se concentre sur une poignée d’affiches comme Colombie-Portugal à Miami ou les matches de l’Argentine. La FIFA a depuis annoncé des billets à 60 dollars, mais avec des restrictions d’achat significatives.
Trump, les restrictions de voyage et l’ambiance générale
Le contexte politique américain pèse sur l’attractivité du pays pour les visiteurs étrangers. Oxford Economics projette une hausse du nombre de touristes liée au Mondial, mais d’autres études indiquent une baisse des voyages européens vers les États-Unis cette année. Les contrôles renforcés aux frontières — dont l’obligation potentielle de communiquer ses réseaux sociaux — et plusieurs incidents impliquant ICE ont contribué à cette tendance.
L’ancien président de la FIFA Sepp Blatter a publiquement encouragé les supporters à « rester loin » des États-Unis. Infantino, lui, avait reçu un prix FIFA pour la paix des mains de Trump lors du tirage au sort de décembre dernier à Washington — une image qui continue d’alimenter les polémiques.
Le tournoi s’ouvre le 11 juin 2026. Beaucoup de ces questions trouveront une réponse d’ici là, d’une façon ou d’une autre. Certaines, comme la situation iranienne, pourraient se résoudre en quelques jours. D’autres, comme le financement des villes hôtes, dépendent de décisions politiques qui échappent entièrement au football.
