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Infantino justifie les prix astronomiques des billets par une demande « de folie »

Infantino justifie les prix astronomiques des billets par une demande "de folie"

Face à la polémique grandissante sur les tarifs jugés prohibitifs des billets pour le Mondial 2026, Gianni Infantino est passé à l’offensive. Le président de la FIFA invoque une demande sans précédent de 150 millions de requêtes en quinze jours pour justifier des prix atteignant 6 730 dollars. Certaines places coûtent jusqu’à cinq fois plus cher qu’au Qatar 2022. La réponse FIFA ? Une nouvelle catégorie limitée à 60 dollars par match, tandis que les tarifs exorbitants restent inchangés pour l’essentiel.

Un président sur la défensive

Lors de la Cumbre mondiale du sport à Dubaï, Gianni Infantino s’est montré particulièrement véhément en défendant la politique tarifaire de la FIFA pour le Mondial 2026. Le dirigeant suisse ne cache pas sa satisfaction face aux chiffres records enregistrés depuis l’ouverture de la billetterie.

« Nous avons entre six et sept millions de billets à vendre », a déclaré Infantino à BBC Sport. « Et en quinze jours, nous avons reçu 150 millions de demandes de billets. Soit 10 millions de requêtes chaque jour. Cela démontre le pouvoir de la Coupe du monde. »

Le président FIFA poursuit avec une statistique vertigineuse : « En près de cent ans d’histoire de la Coupe du monde, la FIFA a vendu 44 millions de billets au total. Donc, en deux semaines, nous aurions pu remplir 300 ans de Coupes du monde. Imaginez. C’est de la folie. »

Des prix cinq fois supérieurs à ceux du Qatar

La rhétorique d’Infantino ne convainc pas les supporters. Dans certains cas, les billets pour le Mondial 2026 coûtent jusqu’à cinq fois plus cher que ceux du tournoi qatari de 2022. Cette flambée a provoqué une réaction sévère des passionnés et d’organisations défendant les droits des consommateurs.

Les prix maximums atteignent 6 730 dollars pour certaines catégories premium. À ce tarif, assister à la finale devient un luxe réservé à une élite. Les classes moyennes et populaires se retrouvent mécaniquement exclues.

Face au tollé, la FIFA a créé une catégorie de billets à 60 dollars par match. Infantino qualifie les critiques de « retours » et affirme que cette catégorie économique constituait « la bonne chose à faire ». Mais cette mesure cosmétique ne change rien : l’immense majorité des billets conserve des prix exorbitants à quatre chiffres. Les places à 60 dollars représenteront une infime minorité avec des places mal situées.

Le discours philanthropique de la FIFA

Pour justifier ces revenus, Infantino dégaine l’argument de la redistribution vertueuse. « L’essentiel, c’est que les revenus soient réinvestis dans le sport à travers le monde », déclare-t-il. « Sans la FIFA, il n’y aurait pas de football dans 150 pays. »

Cette communication laisse les observateurs sceptiques. La FIFA se présente comme organisation à but non lucratif œuvrant pour le bien du football global, mais ses bilans révèlent des réserves colossales et dépenses pharaoniques.

Le Mondial 2026, premier tournoi à 48 équipes, combine expansion et prix astronomiques. Cette double équation garantit des recettes exceptionnelles. L’instance peut arguer du caractère redistributif, mais la réalité demeure : des millions de passionnés ne pourront pas se payer une place.

Une marchandisation assumée du football

Cette affaire cristallise une question fondamentale : pour qui organise-t-on les Coupes du monde ? La FIFA invoque la loi du marché pour légitimer ses tarifs. Mais cette logique purement capitaliste transforme le Mondial en produit de luxe accessible uniquement aux privilégiés.

Les 150 millions de demandes témoignent d’un appétit planétaire pour le football. Mais exploiter cette passion en maximisant les profits tout en excluant la majorité soulève des interrogations éthiques. La Coupe du monde devrait-elle être un événement universel ou un spectacle premium réservé aux riches ?

Infantino parle d' »inclusivité » tout en défendant une grille tarifaire qui exclut mécaniquement des millions de supporters. Cette contradiction ne semble pas le troubler. Les 140 millions de demandeurs déçus auraient pu se permettre des places à prix raisonnable. Avec une offre 30 fois inférieure à la demande et des tarifs stratosphériques, le Mondial 2026 restera inaccessible pour l’écrasante majorité.

La catégorie à 60 dollars ressemble davantage à une opération de communication qu’à une véritable volonté d’accessibilité. La FIFA a calculé le minimum pour calmer les critiques sans toucher à ses revenus. Le Mondial 2026 sera le plus lucratif de l’histoire, mais certainement pas le plus accessible.