Un archipel africain de à peine plus d’un demi-million d’habitants s’apprête à défier les géants du football mondial. Le Cap-Vert a écrit l’histoire en octobre 2025 en battant l’Eswatini 3-0, validant ainsi sa première qualification pour une Coupe du monde. Les « requins bleus » ont terminé en tête de leur groupe, ouvrant la porte d’un tournoi qui semblait jusqu’alors inaccessible pour cette petite nation insulaire située à plus de 500 kilomètres des côtes sénégalaises.
Des chauves-souris aux Portugais
Avant l’arrivée des premiers Européens au XVe siècle, l’archipel cap-verdien était uniquement peuplé de chauves-souris à oreilles grises, seule espèce endémique de mammifère. Ces chiroptères dominaient les 4 000 km² répartis sur dix îles sans jamais croiser d’autres mammifères. Les navigateurs portugais ont touché terre en 1456 selon les archives historiques, fondant Ribeira Grande sur l’île méridionale de Santiago. Cette ville, aujourd’hui appelée Cidade Velha, se trouve à quelques kilomètres de Praia, la capitale actuelle.
Le Portugal a baptisé l’archipel « Cap-Vert » en référence au point continental africain le plus proche : la péninsule où se situe aujourd’hui Dakar, sur la côte centrale du Sénégal. Les îles se divisent en deux groupes : celles du vent (Santo Antão, São Vicente, Santa Luzia, São Nicolau, Sal et Boa Vista) et celles sous le vent (Maio, Santiago, Fogo et Brava). Seule Santa Luzia reste inhabitée et classée réserve naturelle.

Un carrefour tragique du commerce triangulaire
La position stratégique entre l’Afrique et l’Amérique a transformé le Cap-Vert en plaque tournante majeure de la traite négrière transatlantique dès le XVIe siècle. Ce trafic inhumain a perduré pendant plus de trois cents ans, avec environ 3 000 esclaves vendus annuellement sur l’archipel avant leur déportation vers l’Europe et les Amériques.
Certains captifs restaient sur place pour travailler dans les mines de sel et les plantations de coton naissantes destinées au Portugal. Cet héritage esclavagiste a façonné la démographie cap-verdienne de manière décisive. La population actuelle présente une majorité de métis, fruit du mélange entre Africains et Européens, principalement portugais. Les études génétiques confirment ce schéma démographique unique.
Un créole qui unit les îles
Bien que le portugais soit la langue officielle, les habitants parlent le créole cap-verdien, mélange de portugais et de langues africaines. Chaque île habitée possède sa propre variante, soit neuf au total. L’héritage colonial domine également la religion : 72,5% de la population est catholique selon le World Factbook de la CIA.
Plus de touristes que d’habitants
La vaste distance entre les îles, un territoire réduit (moins d’un cinquième de la superficie du Salvador, le plus petit pays d’Amérique latine) et seulement 11% de terres cultivables entre d’immenses étendues de roche volcanique ont limité la croissance démographique durant cinq siècles et demi. La Banque mondiale estime la population à 524 000 habitants en 2024, soit moins de la moitié des 1,2 million de touristes accueillis cette même année selon les chiffres officiels.
Le tourisme constitue le principal moteur économique avec un poids d’environ un quart du PIB, d’après plusieurs sources dont le département du Commerce américain. Les Cap-Verdiens résidant dans l’archipel sont également moins nombreux que ceux de la diaspora. Le gouvernement a estimé en 2023 que deux millions de personnes d’origine cap-verdienne vivent à l’étranger, principalement au Portugal et aux États-Unis, bien que ce chiffre soit contesté faute d’études approfondies.
Une démocratie africaine exemplaire
Le Portugal a transformé en 1951 le statut colonial du Cap-Vert en province d’outre-mer, changement qui n’a pas satisfait les aspirations croissantes d’autonomie réelle. Dans les années 1950 et 1960, des leaders locaux comme Amílcar Cabral se sont unis à la Guinée-Bissau dans une guerre sanglante de libération contre la métropole, aboutissant à l’indépendance le 5 juillet 1975.
Le pays a fonctionné sous un système de parti unique jusqu’en 1990, date à laquelle le Mouvement pour la Démocratie (MPD) a émergé, ouvrant la voie au multipartisme avec les premières élections pluralistes en janvier 1991. Depuis lors, le Cap-Vert maintient une vie politique pacifique et stable, avec alternance des partis au pouvoir et un système institutionnel incluant un président élu, un Premier ministre, une Assemblée nationale et une Cour suprême de justice.
Un volcan actif mais pas d’eau douce
Avec un climat extrêmement sec, l’archipel ne compte ni rivières, ni lacs, ni sources d’eau douce significatives. L’eau potable distribuée dans les foyers provient entièrement d’usines de dessalement. Les précipitations sont rares, les sécheresses fréquentes et peuvent s’étendre sur plusieurs années, affectant la production agricole et provoquant des crises alimentaires par le passé.
Les îles, formées par l’activité volcanique, présentent des paysages abrupts, arides et majoritairement inhospitaliers pour l’agriculture. Certaines sont plates et couvertes de dunes comme Sal, Boa Vista et Maio, tandis que d’autres se distinguent par leurs falaises et reliefs escarpés comme Santo Antão ou São Nicolau. Le point culminant du pays est le Pico do Fogo avec 2 829 mètres d’altitude, seul volcan actif de l’archipel.
Sa dernière éruption, la plus longue en deux siècles et demi, s’est produite entre novembre 2014 et février 2015 avec des conséquences majeures : destruction de villages entiers, évacuation d’un millier d’habitants et plus de 50 millions de dollars de pertes.
La morna de Cesária Évora résonne dans le monde
La musique autochtone fait partie intégrante de la vie quotidienne cap-verdienne, accompagnant aussi bien les fêtes populaires que les célébrations familiales. Le genre le plus représentatif reste la morna, reconnue en 2019 par l’UNESCO comme Patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Au rythme lent et au ton mélancolique, la morna évoque le sentiment de saudade, cette nostalgie de la terre ou des êtres chers particulièrement présente dans la diaspora. Les sons de guitares, cavaquinho, violon et percussions légères créent une atmosphère unique. Cesária Évora (1941-2011), la « diva aux pieds nus », fut la grande ambassadrice de ce genre, le portant sur les plus grandes scènes mondiales.
L’autre grand genre autochtone cap-verdien, le funaná, propose un rythme rapide et dansant avec des notes d’accordéon et de ferrinho. Cette richesse musicale accompagnera les supporters cap-verdiens lors de leur première aventure mondiale en 2026, ajoutant une dimension culturelle unique à leur présence historique dans le tournoi.


