La gifle reçue contre les États-Unis (5-1) aurait pu coûter cher à Marcelo Bielsa. Pourtant, la Fédération uruguayenne de football a tranché : l’entraîneur argentin restera à la tête de la Celeste jusqu’à la Coupe du monde 2026. Une décision qui intervient après une crise profonde, des critiques acerbes de joueurs et une remise en question publique du technicien lui-même.
Un vote de confiance après la tempête
Ignacio Alonso, président de l’Association uruguayenne de football (AUF), a mis fin au suspense mercredi. Après une longue réunion avec Bielsa, il a confirmé le maintien du sélectionneur. « L’entraîneur reste avec nous », a-t-il déclaré à la presse locale. Cette annonce fait suite aux propos de Bielsa jeudi dernier, lorsqu’il assurait disposer du soutien de ses dirigeants et garder « la même force depuis le premier jour pour poursuivre avec la sélection jusqu’au Mondial ».
Alonso a insisté sur l’unité retrouvée autour d’un objectif commun. « Nous traçons un chemin pour arriver au mieux au Mondial. C’est la seule chose qui compte. Il n’y a pas de démission », a-t-il affirmé. La défaite humiliante à Tampa contre une équipe américaine composée en grande partie de remplaçants aurait pu provoquer un séisme. Elle a finalement accouché d’un statu quo assumé.
L’autocritique brutale de Bielsa
Deux jours après la déroute floridienne, Marcelo Bielsa organisait une conférence de presse fleuve à Montevideo. Le natif de Rosario y a endossé l’entière responsabilité du désastre sportif. Mais il est allé plus loin, exposant ses failles personnelles avec une franchise rare dans le monde du football professionnel.
« Je suis une personne timide, obsessive, mécanisée. Je n’aime pas le désordre, je me sens mal à l’aise dans ce scénario », a-t-il confié. Puis cette révélation étonnante : « De toute évidence, humainement, je n’ai pas encore obtenu l’acceptation de ce groupe que je dirige. » Reconnaître publiquement un problème relationnel avec ses joueurs relève d’un courage inhabituel. Ou d’une maladresse communicationnelle, selon les interprétations.
Des joueurs qui contestent certaines méthodes
Le technicien argentin a également admis avoir été questionné par certains joueurs concernant ses attitudes. Cette admission confirme les rumeurs de tensions dans le vestiaire uruguayen. Plusieurs cadres auraient reproché à Bielsa son management parfois rigide et son obsession du contrôle.
Comment construire une dynamique collective quand l’entraîneur lui-même évoque son incapacité à créer du lien ? La question taraude les observateurs. Pourtant, la fédération uruguayenne a choisi la stabilité plutôt que le chaos d’un changement à quelques mois du Mondial. Un pari risqué qui pourrait se révéler payant si le groupe trouve sa cohésion.
Une qualification acquise mais un jeu questionnné
L’Uruguay s’est qualifié pour le Mondial 2026 qui se déroulera aux États-Unis, au Mexique et au Canada entre juin et juillet. La Celeste a terminé deuxième des éliminatoires sud-américaines, validant son billet sans trembler. Mais les performances récentes soulèvent des interrogations légitimes sur la capacité de l’équipe à rivaliser avec les meilleures nations.
La raclée subie à Tampa n’était qu’un match amical. Pourtant, l’ampleur du score (5-1) et la manière dont l’équipe s’est effondrée face à des Américains remaniés ont choqué. Les supporters uruguayens, habitués à voir leur sélection se battre avec l’orgueil qui caractérise la Celeste, ont eu du mal à digérer cette humiliation.
Mars 2026 comme horizon de réconciliation
La sélection uruguayenne se retrouvera en mars prochain pour disputer des matchs amicaux de préparation. Ces rencontres constitueront un test décisif pour Bielsa et ses joueurs. Peuvent-ils transformer cette crise en électrochoc positif ? L’histoire du football regorge d’équipes ressoudées après une période de turbulences.
Alonso a évoqué un « chemin pour arriver bien au Mondial ». Ce chemin passera nécessairement par une amélioration du climat interne et une redéfinition des relations entre l’entraîneur et son groupe. Bielsa possède un palmarès qui commande le respect, notamment son travail remarquable avec le Chili ou Leeds United. Mais son style intransigeant ne fonctionne pas avec tous les effectifs.
L’Uruguay dispose de joueurs de classe mondiale capables de briller sur la scène internationale. Le défi pour Bielsa consiste à libérer ce potentiel tout en imposant sa vision tactique. Un équilibre délicat qu’il n’a manifestement pas encore trouvé. Les prochains mois diront si la confiance maintenue par la fédération était justifiée ou si elle retardera simplement l’inévitable.


