Derrière chaque buteur légendaire se cache souvent un passeur d’exception. Si les statistiques de buts monopolisent l’attention médiatique, les assists racontent une autre histoire du football : celle des architectes de jeu qui transforment une action banale en chef-d’œuvre collectif. Retour sur ces génies du dernier geste qui ont marqué l’histoire des Coupes du monde.
Pelé et Maradona, bien plus que des buteurs
On les retient surtout pour leurs exploits devant le but, mais Pelé et Diego Maradona excellaient également dans la création. Le Brésilien a délivré six passes décisives lors de ses participations au Mondial, un chiffre qui peut sembler modeste aujourd’hui mais qui reflète surtout une époque où ces statistiques n’étaient pas encore au cœur de l’analyse tactique.
Le génie argentin et sa vision du jeu
Maradona incarnait cette capacité rare à créer du danger à chaque touche de balle. En 1986, au-delà de ses buts mythiques contre l’Angleterre, il a orchestré le jeu argentin avec une vision à 360 degrés. Son association avec Jorge Valdano reste dans les mémoires : l’Argentin ne se contentait pas d’éliminer trois ou quatre adversaires, il trouvait ensuite le partenaire idéalement placé. Une générosité qu’on oublie parfois quand on évoque le « Pibe de Oro ».
La révolution espagnole : Xavi, maître du tempo
Difficile de parler de passes décisives sans évoquer Xavi Hernández. Le métronome du FC Barcelone a redéfini le poste de milieu relayeur lors du sacre espagnol en 2010. Avec huit assists en Coupe du monde (toutes éditions confondues), il figure parmi les meilleurs passeurs de l’histoire de la compétition.
Son secret ? Une lecture du jeu exceptionnelle et cette capacité à accélérer ou ralentir le tempo selon les besoins. Xavi ne cherchait pas la passe spectaculaire à tout prix. Il privilégiait l’efficacité, ce ballon qui arrive au bon moment, au bon endroit, sur le bon pied. Son entente avec David Villa et Fernando Torres a fait des merveilles lors du Mondial sud-africain.
Luka Modrić, l’élégance croate
Plus récemment, Luka Modrić a prouvé qu’un milieu de terrain pouvait porter une nation entière. Lors de la Coupe du monde 2018 en Russie, le Croate a cumulé deux passes décisives mais surtout, il a été impliqué dans presque toutes les actions offensives de son équipe. Ballon d’Or cette année-là, Modrić a su combiner récupération de balles, projection et création.
Les caractéristiques d’un grand passeur
Qu’ont en commun ces joueurs d’exception ? Plusieurs qualités ressortent :
- Une vision panoramique du terrain : ils voient des espaces que les autres ne perçoivent pas encore
- Une technique irréprochable : la qualité du geste technique permet d’exécuter la passe imaginée
- Un sens du timing : délivrer le ballon une demi-seconde trop tôt ou trop tard change tout
- Une intelligence collective : comprendre les courses de leurs partenaires instinctivement
Les records qui comptent
Pep Guardiola avait l’habitude de dire que les assists sont la statistique la plus noble du football. Les chiffres lui donnent raison. Miroslav Klose, recordman de buts en Coupe du monde avec 16 réalisations, a aussi délivré quatre passes décisives. Thomas Müller, autre Allemand prolifique, cumule 10 buts et 8 assists dans la compétition.
L’évolution des statistiques
La comptabilisation précise des passes décisives ne remonte qu’aux années 1990. Avant cette période, de nombreux exploits de passeurs sont probablement tombés dans l’oubli. Garrincha, par exemple, a régalé lors du Mondial 1962 sans qu’on puisse quantifier précisément son apport créatif. Le football moderne, avec ses outils d’analyse vidéo, offre désormais une reconnaissance méritée à ces architectes de l’ombre.
À l’approche de chaque Coupe du monde, on se demande toujours qui sera le meilleur buteur. Peut-être devrait-on aussi parier sur le meilleur passeur ?


