À trois mois du coup d’envoi, les États-Unis n’avaient toujours pas reçu un centime des 570 millions d’euros de subventions fédérales destinées à sécuriser la Coupe du monde. La FEMA a finalement annoncé le déblocage des fonds mercredi — après des semaines de signaux d’alarme de la part des élus locaux et des notes de renseignement confidentielles mettant en garde contre des menaces terroristes réelles.
570 millions d’euros bloqués pendant des mois
Le Congrès avait pourtant voté ces 625 millions de dollars dès juillet 2025. La FEMA, chargée de distribuer l’argent, avait annoncé en novembre qu’elle comptait tout verser avant le 30 janvier. Janvier est passé. Février aussi. Les villes hôtes attendaient toujours.
Ce n’est qu’après des questions de l’agence Reuters — et une vague de protestations d’élus locaux — que l’agence fédérale a finalement annoncé le déblocage, mercredi 19 mars. Le premier match aux États-Unis se joue le 12 juin. Entre l’annonce d’une subvention et l’achat effectif d’équipements de sécurité, il faut compter plusieurs mois de procédures administratives. Mike Sena, président de la National Fusion Center Association, résume la situation sans détour : « ce sera extrêmement serré. »
Des notes de renseignement qui font froid dans le dos
Derrière le retard budgétaire, des alertes sécuritaires circulent depuis des mois dans les couloirs fédéraux. Un rapport du New Jersey daté de décembre 2025 liste des attaques intérieures récentes, des complots terroristes déjoués et une propagande extrémiste en hausse. Il évoque aussi la possibilité de « rassemblements spontanés » liés aux tensions diplomatiques entre pays participants.
Un autre document, daté de septembre 2025 et obtenu par l’ONG Property of the People via des demandes d’accès aux archives publiques, décrit une publication en ligne appelant à des attaques sur les infrastructures ferroviaires pendant le tournoi. L’auteur du post écrit qu’il y a « plein d’occasions de faire dérailler les trains », en ciblant explicitement les matchs de la côte ouest américaine et canadienne.
La FIFA, de son côté, alertait dès le 28 janvier dans une note de renseignement hebdomadaire que l’activisme anti-ICE dans les villes américaines — en réaction aux rafles de l’administration Trump — pourrait abaisser le seuil de passage à l’acte pour des « acteurs isolés ou des éléments extrémistes ».
L’effet Trump sur l’organisation
La politique migratoire de Donald Trump crée des frictions à plusieurs niveaux. Depuis janvier 2025, des agents de l’ICE en tenue masquée procèdent à des interpellations dans les grandes villes et ont retenu des touristes à l’aéroport. Les données du département du Commerce montrent une baisse du tourisme international depuis son retour à la Maison Blanche.
Trois pays qualifiés pour le Mondial — Haïti, la Côte d’Ivoire et le Sénégal — sont concernés par les restrictions de voyages imposées par Washington. L’Iran négocie avec la FIFA pour déplacer ses matchs au Mexique, à cause du conflit armé qui l’oppose aux États-Unis et à Israël. Les forces de l’ordre américaines sont en état d’alerte renforcée depuis le début de ce conflit, selon les briefings consultés par Reuters.
Sur le plan politique, les démocrates tiennent Kristi Noem, secrétaire sortante du département de la Sécurité intérieure, responsable du blocage des fonds. La Maison Blanche a renvoyé la balle aux démocrates, citant des désaccords sur la politique migratoire.
104 matchs, chacun équivalent à un Super Bowl
La représentante du New Jersey Nellie Pou a mis les choses en perspective : chacun des 104 matchs du tournoi correspond, en termes de dispositif sécuritaire, à un Super Bowl. Son État accueille le MetLife Stadium, où se jouera la finale.
Le Fan Festival prévu à Liberty State Park, à Jersey City, a été annulé en février, officiellement pour permettre « plus de petits événements ». La sécurité a aussi pesé dans la décision, selon une source proche du dossier. Ces festivals en plein air, où des milliers de personnes regardent les matchs sur écrans géants, sont considérés par plusieurs responsables comme les points de vulnérabilité les plus difficiles à gérer.
Pour les supporters français qui envisagent de faire le déplacement, la question mérite d’être posée directement : les conditions d’accueil seront-elles à la hauteur de l’événement ? Les fonds sont débloqués, les menaces sont connues, le calendrier est serré. Le reste dépend de la capacité des villes américaines à transformer une annonce de subvention en dispositif opérationnel en moins de trois mois.
