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Coupe du monde 2026 : Trump, les guerres et la FIFA prise en otage

Coupe du monde 2026 : Trump, les guerres et la FIFA prise en otage

En décembre dernier, Gianni Infantino remettait personnellement à Donald Trump un tout nouveau « Prix de la paix FIFA » lors du tirage au sort de la Coupe du monde. Moins de trois mois plus tard, les États-Unis lançaient l’opération Epic Fury contre l’Iran aux côtés d’Israël, tuant l’ayatollah Khamenei. Le tournoi qui doit s’ouvrir le 11 juin prochain se retrouve au croisement de plusieurs crises géopolitiques, et la FIFA n’a manifestement pas de plan B.

Un prix de la paix qui tourne mal

La séquence mérite qu’on s’y arrête. Sur scène à Washington, Infantino passe la médaille au cou de Trump en vantant « un leader qui a créé des opportunités de dialogue et de désescalade ». Quelques semaines après, l’armée américaine frappe des villes iraniennes de Tabriz à Chabahar. La FIFA a été priée de commenter : son porte-parole a renvoyé vers une interview où Infantino défendait son choix sur Sky News, affirmant que Trump « avait sauvé des milliers de vies ».

On peut avoir des doutes.

Le problème pour la FIFA n’est pas seulement symbolique. L’Iran s’est qualifié en premier parmi les équipes asiatiques et avait prévu d’installer son camp de base à Tucson, en Arizona. Mehdi Taj, président de la Fédération iranienne, a déclaré au portail sportif Varzesh3 que la participation de son équipe était désormais incertaine. Si l’Iran se retire, ce serait la première équipe à quitter un Mondial après qualification depuis le Brésil en 1950.

Guadalajara, Monterrey : des villes hôtes sous tension

L’Iran n’est pas le seul dossier chaud. Quelques jours avant les frappes sur Téhéran, le gouvernement mexicain lançait une offensive contre le cartel Jalisco Nouvelle Génération. Le chef du cartel, Nemesio Rubén Oseguera Cervantes — surnommé « El Mencho » — a été tué à quelques heures de route de Guadalajara, ville hôte du Mondial. Au moins 70 personnes ont péri dans les violences qui ont suivi.

Infantino a répondu avec la formule habituelle : « confiance totale » dans les autorités mexicaines, ajoutant que « dans chaque pays du monde, des choses arrivent ». Guadalajara et Monterrey accueillent pourtant les Playoffs intercontinentaux dès la fin mars, et des voix ont évoqué un possible déplacement des matchs vers Lusail au Qatar. Sauf que le Qatar vient de se retrouver dans la trajectoire des missiles iraniens — l’armée qatarie a abattu deux avions de frappe supersoniques iraniens au-dessus du détroit d’Ormuz.

L’ironie de la situation n’échappe à personne.

Des visas refusés, des fans absents

Avant même que les bombes tombent, les supporters iraniens s’étaient vu refuser l’accès au territoire américain. En décembre, la délégation iranienne au tirage au sort n’avait obtenu que quatre des neuf visas demandés — Mehdi Taj lui-même n’avait pas pu entrer aux États-Unis. Depuis, la situation s’est encore dégradée.

Les fans haïtiens, ivoiriens et sénégalais — double champion d’Afrique en titre — seront eux aussi privés de visas. En 2017, Infantino avait pourtant déclaré sans ambiguïté : « Il est évident que les supporteurs et officiels d’une équipe qualifiée doivent avoir accès au pays hôte, sinon il n’y a pas de Coupe du monde. »

Sept ans plus tard, le discours a changé. Selon une analyse de Sports Value, ce Mondial devrait générer 10,9 milliards de dollars de revenus non taxés pour la FIFA — soit 56 % de plus qu’au Qatar. Ce chiffre explique peut-être beaucoup de choses.

Infantino dans l’orbite Trump

Le président de la FIFA a été photographié à Mar-a-Lago, dans le Bureau ovale, à l’inauguration du second mandat de Trump, et lors du « Sommet pour la paix » en Égypte. En février, il portait une casquette rouge style MAGA frappée des numéros 45 et 47 — les deux mandats présidentiels de Trump.

Le code d’éthique de la FIFA exige la neutralité politique de l’organisation. Infantino semble avoir une lecture personnelle de ce texte.

Ce Mondial sera désigné comme une vitrine des 250 ans des États-Unis. Des « freedom trucks » sont prévus dans les fan zones pour, selon The Athletic, « présenter le meilleur de l’Amérique au monde ». Trump n’a pas caché son attachement au trophée — « quel beau morceau d’or », avait-il dit en le tenant dans le Bureau ovale.

La question que personne à la FIFA ne veut poser à voix haute : jusqu’où peut-on laisser un tournoi sportif mondial se transformer en décor politique, avant que les équipes elles-mêmes commencent à refuser de jouer le jeu ?