Alors que les tensions entre les États-Unis et le Groenland alimentent un débat brûlant dans le monde du sport, l’Allemagne a tranché. Le gouvernement de Berlin a officiellement rejeté l’idée d’un boycott de la Coupe du monde 2026. Une position ferme, portée par la ministre des Sports Christiane Schenderlein, qui rappelle que le football ne doit pas devenir un outil politique.
Berlin affiche une position claire contre le boycott
Le message du gouvernement allemand ne laisse aucune place au doute. Steffen Meyer, porte-parole adjoint du gouvernement fédéral, a déclaré mercredi depuis Berlin que l’Allemagne ne considère pas le boycott comme une approche adaptée. Ses mots résonnent comme un rappel à l’ordre : « Les différends politiques doivent se résoudre au niveau politique, et le sport doit pouvoir rester le sport. »
Cette prise de position intervient après plusieurs semaines de silence. Le gouvernement allemand avait jusque-là soigneusement évité de se prononcer sur le sujet, laissant les spéculations enfler dans les médias et au sein de la classe politique. Face à la pression du débat public, Berlin a finalement choisi de dissiper toute ambiguïté.
Christiane Schenderlein monte au front
C’est la ministre d’État chargée des Sports et du bénévolat, Christiane Schenderlein (CDU), qui a le plus clairement exprimé la ligne gouvernementale. Dans un entretien accordé au Süddeutsche Zeitung, elle a affirmé sans détour : « Nous ne soutenons pas cette démarche. Le sport ne doit pas être instrumentalisé à cette fin. »
Un argument supplémentaire pèse dans la balance : la Coupe du monde 2026 ne se déroulera pas uniquement aux États-Unis. Le Canada et le Mexique co-organisent la compétition. Boycotter le Mondial reviendrait donc à pénaliser également deux pays qui n’ont rien à voir avec les tensions diplomatiques en question. Un raccourci que Berlin refuse de prendre.
Un débat né des menaces américaines sur le Groenland
D’où vient cette idée de boycott ? Elle s’est cristallisée autour des ambitions américaines sur le Groenland, perçues comme une provocation par plusieurs responsables politiques européens. Des élus et dirigeants sportifs allemands ont alors évoqué publiquement la possibilité de ne pas participer au Mondial nord-américain. Un scénario qui rappelle les boycotts olympiques de la Guerre froide, mais dans un contexte géopolitique radicalement différent.
La comparaison s’arrête là. En 1980 et 1984, les boycotts des Jeux olympiques de Moscou puis de Los Angeles avaient laissé des traces profondes dans le mouvement sportif international, sans produire d’effet politique mesurable. L’histoire a montré que priver les athlètes de compétition punit rarement ceux qu’on souhaite cibler.
Le rôle des fédérations sportives au cœur du débat
Le porte-parole du gouvernement a tenu à rappeler un principe fondamental : la décision de boycotter un grand événement sportif relève des fédérations concernées, pas du pouvoir politique. Fin janvier, Christiane Schenderlein avait déjà souligné ce point auprès de l’agence AFP, insistant sur la séparation entre sphère politique et gouvernance sportive.
Cette distinction n’est pas anodine. En Allemagne, l’autonomie des fédérations sportives constitue un pilier du modèle organisationnel. La Fédération allemande de football (DFB) garde donc la main sur toute décision relative à la participation de la Mannschaft à la compétition. Et pour l’heure, aucun signal ne laisse entrevoir un retrait.
L’Allemagne qualifiée et tournée vers le terrain
Le contexte sportif plaide aussi en faveur de la participation. L’Allemagne s’est qualifiée pour le Mondial 2026, qui se tiendra du 11 juin au 19 juillet entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Pour la sélection allemande, cette édition historique — la première à 48 équipes — représente une occasion de se racheter après des résultats décevants lors des dernières grandes compétitions.
Priver les joueurs et les supporters allemands de cette échéance sportive au nom de considérations géopolitiques ? Difficile à imaginer, et Berlin l’a bien compris. Le football reste un terrain où les rivalités s’expriment sur la pelouse, pas dans les couloirs diplomatiques.
La position allemande pourrait aussi peser sur le débat européen. Si d’autres pays envisageaient un boycott, la fermeté de Berlin réduit considérablement les chances d’un mouvement collectif. La FIFA peut souffler : son tournoi phare ne devrait pas être amputé de l’une des nations historiques du football mondial.
