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Mondial 2026 : pourquoi un boycott européen serait un séisme pour Trump et la FIFA

Mondial 2026 : pourquoi un boycott européen serait un séisme pour Trump et la FIFA

La menace plane désormais au-dessus du Mondial 2026. Face aux ambitions territoriales de Donald Trump sur le Groenland, plusieurs voix européennes évoquent l’impensable : boycotter le tournoi organisé aux États-Unis, au Mexique et au Canada cet été. Une décision qui bouleverserait l’événement sportif le plus suivi de la planète et priverait Trump d’un atout majeur de soft power.

Le talon d’Achille du président américain

Trump ne cache pas son attachement à la Coupe du monde. Ce tournoi représente pour lui bien plus qu’une compétition sportive : une démonstration de puissance américaine sur la scène internationale, comparable aux Jeux olympiques de Los Angeles prévus en 2028. Adam Hodge, ancien responsable du Conseil de sécurité nationale sous Biden, résume parfaitement l’enjeu : « Trump convoite clairement la Coupe du monde. La participation européenne constitue un levier qu’il respecterait. »

Cette lucidité stratégique change la donne. Pendant des jours, l’Europe a cherché comment répondre aux menaces américaines sur ce territoire danois de l’Arctique, riche en minéraux et en position stratégique. Les sanctions commerciales classiques ? Trump vient justement d’annoncer qu’il renonçait aux tarifs douaniers prévus contre les alliés européens. Le fameux « bazooka commercial » européen ? Son efficacité reste à prouver face à un président peu impressionné par les menaces économiques traditionnelles.

Le football offre une alternative redoutable. Un Mondial sans les nations européennes perdrait instantanément sa légitimité sportive et sa valeur commerciale. Miguel Maduro, ancien président du Comité de gouvernance de la FIFA, ne laisse planer aucun doute : « Une Coupe du monde sans équipes européennes serait insignifiante sportivement. À l’exception du Brésil et de l’Argentine, tous les autres candidats à une place dans un top 10 virtuel seraient européens. »

Des milliards de dollars en jeu

Les conséquences financières d’un tel scénario dépassent l’entendement. La FIFA génère l’essentiel de ses revenus grâce au Mondial, et les équipes européennes attirent les audiences les plus importantes, les sponsors les plus généreux, les droits télévisuels les plus lucratifs. Maduro le confirme : les répercussions financières pour l’instance mondiale seraient « majeures ».

Imaginez un tournoi sans l’Angleterre, l’Allemagne, la France, l’Espagne ou les Pays-Bas. Les stades à moitié vides. Les diffuseurs réclamant des remboursements. Les sponsors renégociant leurs contrats. Les paris sportifs s’effondrant. L’intérêt médiatique mondial chutant drastiquement. Ce serait un fiasco sans précédent dans l’histoire du football professionnel.

Pour Trump, le désastre serait tout aussi cuisant. Ce président mise énormément sur les grands événements pour redorer le blason américain à l’international. Un Mondial raté, boycotté par les plus grandes nations du football, ternirait durablement son image et affaiblirait considérablement son influence diplomatique.

Des décideurs inattendus au cœur de la tempête

Qui détient réellement les clés de cette crise ? Christiane Schenderlein, secrétaire d’État allemande aux sports, a tranché : « Les décisions concernant la participation ou le boycott relèvent de la seule responsabilité des associations sportives concernées, pas des politiciens. » Cette déclaration déplace le centre de gravité géopolitique vers des bureaux habituellement éloignés des projecteurs.

Rafael Louzán en Espagne, Debbie Hewitt en Angleterre, Frank Paauw aux Pays-Bas : ces présidents de fédérations nationales disposent aujourd’hui d’un pouvoir qu’envierait probablement la Commission européenne. Une douzaine d’entre eux, représentant les pays déjà qualifiés, pourraient torpiller les plans de Trump. Quatre nations supplémentaires les rejoindront au printemps après les barrages européens.

Ces dirigeants sportifs ne sont pas étrangers aux débats politiques. Lise Klaveness, présidente de la Fédération norvégienne, s’est illustrée par ses prises de position sur les droits LGBTQ+ et l’exploitation des travailleurs migrants au Qatar. La Fédération irlandaise a milité pour exclure Israël avant l’accord de paix à Gaza. Ibrahim Haciosmanoglu, président de la Fédération turque, l’écrivait en septembre : « Le football a toujours été bien plus qu’un sport. »

Les fantômes des boycotts passés

L’histoire récente offre des exemples instructifs. La Russie en 2018, malgré l’annexion de la Crimée. Le Qatar en 2022, malgré les controversies sur les droits humains. Dans les deux cas, les appels au boycott n’ont pas abouti. Les derniers boycotts majeurs remontent aux Jeux olympiques de Moscou 1980 et Los Angeles 1984, en pleine Guerre froide.

Mais une potentielle saisie du Groenland créerait une situation inédite. Le député français Eric Coquerel pose la question qui dérange : « Peut-on sérieusement envisager de jouer une Coupe du monde dans un pays qui attaque ses ‘voisins’, menace d’envahir le Groenland, piétine le droit international ? » Le conservateur allemand Roderich Kiesewetter partage cette inquiétude : « Si Trump met à exécution ses menaces et déclenche une guerre commerciale avec l’UE, j’imagine difficilement la participation européenne. »

Un statu quo fragile

Trump a tenté d’apaiser les tensions mercredi à Davos, écartant l’usage de la force militaire contre le Groenland. Il a même annoncé un accord avec l’OTAN sur un cadre concernant ce territoire arctique. Le ministère français des Sports affirme qu’il n’existe « actuellement » aucun plan de boycott. Ce mot, « actuellement », résonne comme un avertissement.

Le compte à rebours a commencé. Dans quelques mois, les équipes européennes devront trancher : jouer ou boycotter. Leur décision façonnera peut-être l’avenir des relations transatlantiques.