Le ministre iranien des Sports Ahmad Donyamali a déclaré mardi que son pays n’était pas en mesure de disputer la Coupe du monde 2026. Trois matchs de groupe programmés aux États-Unis, une situation géopolitique explosive, et une fédération qui n’a pas encore dit son dernier mot. La participation de l’Iran reste officiellement en suspens.
Ce que le ministre a dit, mot pour mot
Dans un entretien accordé au réseau IRIB Sports mardi, Donyamali a été sans ambiguïté : « Étant donné que ce gouvernement corrompu a assassiné notre leader, nous n’avons en aucun cas les conditions appropriées pour participer à la Coupe du monde. Nos garçons ne sont pas en sécurité. »
Il a rappelé que l’Iran avait subi « deux guerres imposées » au cours des huit ou neuf derniers mois, avec plusieurs milliers de morts parmi la population iranienne. Des mots forts, prononcés au lendemain des frappes américaines et israéliennes qui ont tué le guide suprême Ali Khamenei.
Le calendrier de l’équipe nationale était pourtant fixé : un match contre la Nouvelle-Zélande à Los Angeles le 15 juin, face à la Belgique dans la même ville le 21 juin, puis contre l’Égypte à Seattle le 26 juin. Trois rencontres dans un pays que Téhéran considère désormais comme un ennemi direct.
La FIFA dans une position inconfortable
Le même jour, le président de la FIFA Gianni Infantino annonçait sur Instagram avoir rencontré Donald Trump pour évoquer la situation iranienne. Trump aurait assuré que l’Iran était « le bienvenu pour participer » au tournoi. Infantino a ajouté que « nous avons tous besoin d’un événement comme la Coupe du monde FIFA pour rassembler les gens ».
Le décalage entre les deux discours est saisissant. D’un côté Washington qui ouvre la porte, de l’autre Téhéran qui dit ne pas pouvoir franchir le seuil.
La fédération iranienne de football n’a pas encore officialisé un retrait. Et c’est là toute la complexité de la situation : le ministre des Sports n’a pas autorité finale sur la participation sportive — c’est la fédération qui tranche en dernier ressort, sous l’égide de la FIFA.
Un précédent qui remonte à 1982
L’Iran a déjà vécu ce type de situation. En 1982, le pays avait refusé d’affronter le Koweït durant les qualifications. Résultat : non-qualification pour ce Mondial, puis suspension de la FIFA pour l’édition 1986. Un épisode que personne à la fédération n’a envie de revivre.
Si l’Iran se retire, la FIFA dispose d’une marge de manœuvre selon ses statuts pour désigner un remplaçant — sans obligation de choisir dans la même confédération asiatique. L’Irak, qui pourrait se qualifier via un match de barrage ce mois-ci, et les Émirats arabes unis sont cités comme candidats naturels. Mais rien n’est décidé.
La question des joueuses iraniennes en Australie complique tout
La semaine précédente, six membres de l’équipe féminine iranienne avaient obtenu des visas humanitaires en Australie après avoir exprimé des craintes pour leur sécurité. Sept femmes au total ont finalement demandé l’asile, selon le ministre australien des Affaires intérieures Tony Burke — l’une d’elles ayant ensuite changé d’avis pour rentrer en Iran.
Mehdi Taj, le président de la fédération iranienne, a tiré la conclusion qui s’imposait : « Si les perspectives pour la Coupe du monde ressemblent à ça, aucun esprit sain n’accepterait d’envoyer l’équipe aux États-Unis. »
Pour les supporters français qui suivent le groupe de l’Iran — la Belgique y est programmée — la question se pose concrètement : jouera-t-on à onze contre onze à Los Angeles le 21 juin, ou l’adversaire sera-t-il un remplaçant de dernière minute ? La réponse devrait se préciser d’ici la fin mars, une fois les matchs de barrage asiatiques joués et le contexte diplomatique un peu moins imprévisible.
Pour l’heure, la situation évolue d’heure en heure. La FIFA a jusqu’ici maintenu que l’Iran disputerait bien ses matchs. Ça ne veut pas dire grand-chose quand les joueurs eux-mêmes ne savent pas s’ils montent dans l’avion.
