Alors que le comité organisateur de Los Angeles dévoile ses plans ambitieux pour accueillir huit matchs du Mondial 2026, une question embarrassante demeure sans réponse claire : comment garantir aux supporters, notamment issus des communautés migrantes, qu’ils pourront assister aux événements sans craindre les contrôles d’ICE ? Entre festivités annoncées et silences gênants, la ville californienne navigue dans une zone d’inconfort.
Quand le football rencontre la politique migratoire
Le Coliseum Memorial de Los Angeles a servi de décor ce mercredi à une présentation en grande pompe. Au programme : festivals, zones pour fans, animations communautaires. Le comité organisateur promet 39 jours de célébration autour des huit rencontres prévues au SoFi Stadium d’Inglewood entre le 12 juin et le 10 juillet. Deux matchs de l’équipe américaine figurent au calendrier, histoire d’attiser l’engouement local.
Pourtant, derrière cette vitrine festive, plane une ombre tenace. Celle des opérations menées par l’Immigration and Customs Enforcement, communément appelé ICE. Dans un contexte politique tendu, de nombreux habitants de Los Angeles s’inquiètent légitimement de pouvoir participer aux festivités sans risquer un contrôle d’identité impromptu.
Des réponses qui esquivent l’essentiel
Mario López, maître de cérémonie de l’événement, a brillé par son refus de s’engager sur le terrain glissant de la sécurité migratoire. Interrogé directement sur ces craintes, l’acteur et présentateur a choisi la fuite en avant : « Je ne parle pas de ça. Je suis juste là pour parler de la Coupe du monde et de l’équipe du Mexique. » Sa promesse de tequila pour tous les supporters sonnait comme une tentative maladroite de détourner l’attention.
La légende du football féminin américain Mia Hamm a emprunté une voie différente. Copropriétaire d’Angel City FC, elle a misé sur le discours inclusif qui colle traditionnellement à l’identité de Los Angeles. « Nous savons qu’ici, à L.A., nous embrassons la diversité, nous embrassons les cultures », a-t-elle déclaré, évoquant ses souvenirs de tournois internationaux où les frontières s’effacent devant la passion du ballon rond.
L’embarras de la maire Karen Bass
La maire Karen Bass s’est montrée légèrement plus directe, sans pour autant apporter les garanties concrètes attendues. Face aux rumeurs d’un possible boycott de certaines nations européennes, elle a insisté sur la nécessité de « montrer un meilleur visage au monde ». Son message ? Los Angeles doit accueillir les visiteurs « sans qu’ils aient de problèmes d’immigration ».
Quant à la présence potentielle d’ICE pendant les événements, Bass s’est contentée d’un laconique « on verra si ça arrive vraiment ». Une non-réponse qui laisse en suspens l’interrogation centrale : quelles mesures concrètes seront mises en place pour rassurer une population inquiète ?
Un programme ambitieux malgré tout
Le comité organisateur ne manque pas d’ambition pour transformer la cité des anges en épicentre footballistique. Le FIFA Fan Festival Los Angeles investira le Coliseum Memorial du 11 au 15 juin, promettant retransmissions en direct, concerts, expériences interactives et une gastronomie reflétant la mosaïque culturelle locale.
Les Fan Zones essaimeront dans toute la région, du Farmers Market à Venice Beach, en passant par Union Station et Whittier Narrows. L’idée ? Permettre à ceux qui n’auront pas de billet pour le SoFi Stadium de vivre quand même l’événement. Des cliniques pour jeunes, des journées communautaires et une tournée mobile baptisée « Kick It With Us » complètent le dispositif.
Un milliard de dollars et des questions en suspens
Les organisateurs brandissent fièrement leurs projections économiques : plus de 1,1 milliard de dollars d’impact attendu, combinant dépenses directes et retombées médiatiques futures. Des chiffres impressionnants qui contrastent avec le malaise palpable sur les questions de fond.
Moins de cinq mois avant le coup d’envoi, cette dissonance entre discours festif et préoccupations tangibles illustre un paradoxe typiquement californien. Comment une ville qui se revendique ouverte et multiculturelle peut-elle organiser un événement planétaire tout en laissant planer le doute sur la sécurité de certains de ses propres habitants ?
La réponse à cette question déterminera probablement si Los Angeles 2026 restera dans les mémoires comme une fête réussie du football mondial ou comme un exemple supplémentaire de la fracture qui traverse actuellement les États-Unis. Le ballon est dans le camp des autorités locales et fédérales.
