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Coupe du monde 2026 : non, des milliers de supporters n’annulent pas leurs billets

Coupe du monde 2026 : non, des milliers de supporters n'annulent pas leurs billets

Les réseaux sociaux s’enflamment autour d’une rumeur tenace : des dizaines de milliers de fans renonceraient à assister au Mondial américain par crainte des agents de l’immigration. La FIFA dément formellement. Démêlons le vrai du faux dans ce climat de tension.

Une intox virale aux millions de vues

« 16 800 personnes ont annulé leurs billets pour la Coupe du monde en une nuit. » Cette publication sur X a dépassé les six millions de vues. D’autres internautes évoquent 25 000 annulations. Le contexte s’y prête : les opérations de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) contre les migrants sans papiers se multiplient aux États-Unis depuis le retour de Donald Trump au pouvoir.

La FIFA balaie ces affirmations d’un revers de main. « C’est une fake news », a déclaré un porte-parole à Deutsche Welle. L’instance mondiale précise qu’aucun billet physique n’a encore été remis aux acheteurs et qu’aucune vague d’annulations n’a été enregistrée. Les conditions générales de vente sont d’ailleurs limpides : une fois le paiement validé, aucun remboursement n’est possible.

Les chiffres officiels racontent une tout autre histoire. Plus d’un million de billets ont déjà trouvé preneur lors de la phase de prévente Visa. La FIFA a reçu plus de 500 millions de demandes lors du dernier tirage au sort. L’engouement reste massif.

L’ICE va-t-elle arrêter des supporters ?

Cette crainte alimente de nombreuses publications sur les réseaux sociaux. Des internautes affirment que les agents fédéraux pourraient identifier, interpeller ou expulser des supporters pendant le tournoi. Un scénario hautement improbable selon Daniel Kanstroom, professeur de droit à Boston College.

« Je ne m’attends pas à ce que l’ICE soit impliquée dans ce type d’opérations », explique-t-il. L’administration américaine n’aurait aucun intérêt à envoyer le signal que ses agents ciblent des visiteurs entrés légalement sur le territoire. « Le scénario de supporters emprisonnés me semble extrêmement, extrêmement improbable », insiste le juriste.

Le département américain de la Justice confirme cette analyse. La sécurité lors des grands événements sportifs relève des forces de l’ordre locales et des États. Les agences fédérales se limitent au renseignement et à la coordination, pas aux interventions de terrain.

Un climat qui reste tendu

Ces inquiétudes ne surgissent pas de nulle part. L’ICE a récemment fait la une de l’actualité après qu’un de ses agents a abattu une citoyenne américaine de 37 ans à Minneapolis. L’incident a déclenché des manifestations et relancé le débat sur les pratiques de l’agence fédérale. Le budget et les missions de l’ICE ont considérablement augmenté sous la seconde présidence Trump.

Les Brésiliens privés de Mondial ? Faux

Une autre rumeur circule avec insistance : le Brésil figurerait parmi les 75 pays dont les ressortissants ne pourraient plus obtenir de visa américain. Des comptes influents sur X, suivis par des millions d’abonnés, ont relayé cette information.

La réalité est plus nuancée. L’administration Trump a suspendu le traitement des visas d’immigration, destinés aux personnes souhaitant s’installer définitivement aux États-Unis. Les visas touristiques B1/B2, indispensables pour assister à un match, ne sont pas concernés. Les supporters brésiliens peuvent toujours déposer une demande.

« Un ressortissant brésilien peut donc toujours passer un entretien pour un visa touristique lui permettant d’assister à la Coupe du monde », confirme Eryn Hanlon, avocate spécialisée en immigration basée entre Londres et New York. Le département d’État américain a d’ailleurs créé une page dédiée aux formalités pour le Mondial 2026.

Le Brésil figure d’ailleurs parmi les pays ayant enregistré le plus de demandes de billets.

Quatre sélections qualifiées touchées par l’interdiction de voyage

La situation diffère pour les supporters de certains pays. Donald Trump a imposé une interdiction de voyage à 19 nations, dont quatre participent au Mondial : l’Iran, Haïti, le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Les fans iraniens détenant uniquement la nationalité de leur pays ne pourront pas se rendre aux États-Unis.

Une échappatoire existe pour les binationaux. « S’ils possèdent une autre nationalité qui ne figure pas sur la liste, ils peuvent assister au tournoi », précise l’avocate Eryn Hanlon. Les athlètes, entraîneurs et membres essentiels des délégations bénéficient quant à eux d’une exemption.

Les supporters européens restent largement épargnés. La plupart peuvent voyager sans visa grâce au programme ESTA, qui permet des séjours de 90 jours maximum.

Un message d’accueil en contradiction avec la réalité

Sur la page officielle d’information sur les visas pour le Mondial, une citation de Donald Trump trône en bonne place : « Ce sera une occasion unique de montrer la beauté et la grandeur de l’Amérique. Nous avons hâte d’accueillir les fans de football du monde entier. »

Ce message contraste singulièrement avec la politique migratoire de son administration. Entre promesses d’hospitalité et durcissement des contrôles, les supporters devront naviguer dans un paysage réglementaire complexe. La bonne nouvelle : pour la grande majorité d’entre eux, le rêve américain reste accessible.