Plus de 500 millions de demandes de billets ont déjà été enregistrées pour le Mondial 2026. Les États-Unis, qui coorganisent l’événement avec le Canada et le Mexique, préparent un dispositif de sécurité sans précédent. Entre technologies anti-drones, protection cybernétique et politiques migratoires controversées, le pays investit massivement pour protéger ce qui pourrait être le plus grand événement sportif jamais organisé sur son sol.
Un défi logistique d’une ampleur inédite
Imaginez cinq millions de visiteurs internationaux convergeant vers les stades américains sur six semaines. Le tournoi débute le 11 juin prochain et mobilise déjà des ressources considérables. Washington et la FIFA ont annoncé un investissement combiné dépassant le milliard de dollars pour garantir la sécurité de la compétition.
Cette édition marque un tournant. Quarante-huit équipes s’affronteront dans plus d’une douzaine de villes réparties sur trois pays. New York, Los Angeles, Kansas City, Atlanta accueilleront non seulement les matchs mais aussi d’immenses fan zones. Comment sécuriser simultanément autant de sites géographiquement dispersés ?
La menace venue du ciel
Le Département de la Sécurité intérieure a débloqué 115 millions de dollars spécifiquement dédiés aux technologies anti-drones. La secrétaire Kristi Noem l’affirme sans détour : les drones représentent la nouvelle frontière de la supériorité aérienne américaine. Un constat qui reflète l’évolution des conflits modernes.
Le conflit ukrainien a démontré qu’un simple drone de course commercial équipé d’explosifs peut devenir une arme redoutable. Les autorités américaines ne considèrent plus cette menace comme marginale. La FEMA a versé 350 millions de dollars supplémentaires aux onze États hôtes, fonds exclusivement réservés à l’acquisition de systèmes de brouillage et de redirection.
Les exercices de simulation menés la semaine dernière ont concentré leurs scénarios sur ces attaques potentielles. Les forces de l’ordre locales sont encouragées à s’équiper de dispositifs capables de neutraliser ou de renvoyer les drones vers leur point d’origine. Un programme fédéral de 500 millions de dollars permet le remboursement de ces achats.
Des infrastructures numériques sous haute surveillance
La Coupe du Monde repose désormais sur des systèmes automatisés complexes. Billetterie en ligne, contrôles d’accès, diffusion en streaming : chaque maillon représente une vulnérabilité potentielle. Chris Grove, directeur de la stratégie cybersécurité chez Nozomi Networks, souligne le paradoxe. Plus l’organisation se numérise et s’étend, plus elle doit automatiser pour gérer efficacement le volume. Mais cette automatisation ouvre des brèches.
L’histoire récente confirme ces inquiétudes. Après le Mondial 2022 au Qatar, les analystes ont découvert un routeur compromis qui aurait pu perturber toutes les communications, y compris les diffusions télévisées. Les Jeux olympiques de Paris en 2024 ont essuyé 140 cyberattaques. La préparation française a évité tout incident majeur.
Les experts redoutent particulièrement l’activisme numérique. Le climat politique américain actuel pourrait motiver des hacktivistes à cibler la compétition pour médiatiser leurs revendications. Les systèmes gérant l’électricité, le gaz ou l’eau des stades constituent des cibles prioritaires. Donald Lane, ancien agent des services secrets, observe que les acteurs malveillants privilégient désormais l’accès distant, potentiellement aussi dévastateur qu’une attaque physique.
Barrières physiques et surveillance renforcée
Andrew Giuliani dirige la force opérationnelle de la Maison Blanche dédiée au Mondial. Il qualifie cet engagement financier d’historique pour un événement unique. Les 625 millions de dollars du programme FIFA World Cup Grant financent formation, exercices, réponse d’urgence et présence policière.
L’attentat du Nouvel An à La Nouvelle-Orléans a changé la donne. Quatorze personnes ont péri dans une attaque à la voiture-bélier. Avant le Super Bowl, la ville a déployé des barrières métalliques renforcées capables d’arrêter un véhicule de 1 100 kilos lancé à 48 km/h. West Palm Beach a investi 800 000 dollars dans des dispositifs similaires. San Antonio a opté pour des blocs de pierre de deux tonnes.
Kansas City a nommé Kyle Postell, ancien agent des services secrets, directeur de la sécurité. Chaque ville hôte coordonne forces fédérales, étatiques et locales. Le Département des Transports travaille avec les opérateurs privés pour adapter l’offre de mobilité aux habitudes européennes et sud-américaines, bien différentes des pratiques américaines.
Quand la politique migratoire inquiète les supporters
L’administration Trump complique l’équation. Près de trois millions d’expulsions ont déjà été exécutées depuis son retour au pouvoir. Les agents de l’ICE, souvent masqués, multiplient les arrestations dans les centres de détention. Cette politique dissuade certains fans étrangers.
Le diplomate libanais Mohamad Safa a annulé ses billets en janvier, craignant une détention arbitraire sans avocat ni procès. Trump a étendu l’interdiction de visa à 75 pays, touchant des nations comme le Brésil, la Colombie ou l’Égypte dont les équipes participeront au tournoi. Le secrétaire d’État Marco Rubio l’a rappelé sèchement : un billet n’équivaut pas à un visa et ne garantit aucune admission.
Giuliani a confirmé que Trump n’exclut aucune opération de l’ICE pendant les matchs si la sécurité des citoyens américains l’exige. Un demandeur d’asile assistant à une finale avec ses enfants a été arrêté, détenu trois mois puis expulsé l’an dernier. Human Rights Watch a alerté la FIFA dès mai dernier sur ces risques. La FIFA a répondu qu’elle travaillait avec les autorités concernées, mais les garanties restent floues.
Le Département de la Sécurité intérieure envisage même d’examiner les réseaux sociaux des visiteurs européens exemptés de visa, traquant tout sentiment « anti-américain ». Cette surveillance élargie contraste avec les déclarations de Trump affirmant qu’il attend avec impatience les supporters du monde entier. Reste à voir si le spectacle sportif l’emportera sur les préoccupations sécuritaires et politiques.
