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Coupe du monde 2026 : un dirigeant allemand réclame un débat sur le boycott

Coupe du monde 2026 : un dirigeant allemand réclame un débat sur le boycott

La tension monte entre l’Europe et les États-Unis. À quelques mois du coup d’envoi du Mondial 2026, Oke Göttlich, vice-président de la Fédération allemande de football, estime que le moment est venu d’envisager sérieusement un boycott de la compétition. Une prise de position qui secoue le monde du football.

Les menaces de Trump ravivent le débat

Les récentes déclarations de Donald Trump sur le Groenland ont provoqué une onde de choc en Europe. Le président américain a menacé d’imposer des droits de douane à huit pays européens, dont l’Allemagne, qui s’opposaient à ses visées sur le territoire danois. Cette escalade diplomatique pousse désormais certains acteurs du football à s’interroger sur leur participation au tournoi organisé cet été aux États-Unis, au Canada et au Mexique.

« Je me demande vraiment quand viendra le moment de réfléchir et de parler concrètement d’un boycott », a déclaré Oke Göttlich au quotidien Hamburger Morgenpost. « Pour moi, ce moment est définitivement arrivé. » Le dirigeant, également président du club de Bundesliga FC St. Pauli, n’hésite pas à comparer la situation actuelle à celle des années 1980.

Le précédent des Jeux olympiques de Moscou

Göttlich fait directement référence au boycott des Jeux olympiques de 1980, mené par les États-Unis après l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique. « Quelles étaient les justifications des boycotts olympiques dans les années 1980 ? », interroge-t-il. « Selon moi, la menace potentielle est aujourd’hui plus grande qu’elle ne l’était à l’époque. Nous devons avoir cette discussion. »

Sur les 104 matchs prévus lors de ce Mondial au format élargi à 48 équipes, 78 se dérouleront sur le sol américain. Une réalité qui complique toute tentative d’évitement partiel de la compétition.

Des réactions européennes mesurées

La France a rapidement fait savoir qu’elle n’était pas favorable à un boycott dans les circonstances actuelles. Le Danemark, directement concerné par les ambitions américaines sur le Groenland, adopte une posture prudente. La Fédération danoise de football se dit « consciente de la situation sensible actuelle », tout en poursuivant sa route vers les barrages qualificatifs.

Donald Trump a depuis fait marche arrière sur ses menaces tarifaires, évoquant un « cadre pour un futur accord » concernant le Groenland. Les tensions restent vives entre Washington et les capitales européennes.

L’ombre du Qatar plane sur le débat

Comment ne pas faire le lien avec la Coupe du monde 2022 ? L’Allemagne avait alors défié la FIFA sur la question du brassard OneLove. L’instance mondiale avait menacé d’avertissement tout joueur qui arborerait ce symbole de diversité et d’inclusion. Les capitaines de sept sélections européennes avaient finalement renoncé, contraints d’accepter le brassard « No Discrimination » imposé par la FIFA.

En réponse, les joueurs allemands s’étaient couverts la bouche lors de la photo d’équipe avant leur match contre le Japon. « Nous refuser le brassard revient à nous priver de notre voix », avait alors déclaré la DFB.

Une question de valeurs fondamentales

Göttlich pointe du doigt ce qu’il perçoit comme une incohérence flagrante. « Le Qatar était trop politique pour tout le monde et maintenant nous sommes complètement apolitiques ? Cela me dérange vraiment, vraiment beaucoup. » Le dirigeant allemand estime que les organisations sportives et la société dans son ensemble perdent leur capacité à fixer des limites et défendre leurs valeurs.

« Les tabous constituent une part essentielle de notre positionnement », poursuit-il. « Un tabou est-il franchi quand quelqu’un menace ? Quand quelqu’un attaque ? Quand des gens meurent ? J’aimerais savoir de Donald Trump quand il aura atteint sa limite. Et j’aimerais le savoir également de Bernd Neuendorf et Gianni Infantino. »

Un débat qui ne fait que commencer

La position de Göttlich reste pour l’instant isolée au sein des instances dirigeantes du football européen. Le président de la DFB, Bernd Neuendorf, ne s’est pas exprimé publiquement sur cette question. La FIFA, de son côté, maintient le cap vers un tournoi qui s’annonce comme le plus grand de l’histoire avec ses 48 équipes participantes.

Le football peut-il vraiment se tenir à l’écart des turbulences géopolitiques ? La question mérite d’être posée. Entre principes affichés et réalités économiques, les fédérations européennes vont devoir clarifier leur position dans les semaines à venir. Le coup d’envoi du Mondial approche, et avec lui, l’heure des choix.