À moins de cinq mois du coup d’envoi de la Coupe du Monde 2026 aux États-Unis, un climat d’inquiétude sans précédent s’installe parmi les supporters européens. La militarisation policière américaine et les récentes opérations meurtrières de l’agence d’immigration ICE font craindre le pire pour la sécurité des fans. Certaines fédérations envisagent même un boycott du tournoi.
Une militarisation qui effraie les supporters
Football Supporters Europe (FSE), principale organisation représentant les fans du continent, ne mâche pas ses mots. Ronan Evain, son directeur exécutif, déclare que les supporters voyageant aux États-Unis disposent « de peu ou pas d’informations sur ce qui sera autorisé ou non dans les enceintes de la FIFA ». Cette déclaration intervient dans un contexte explosif : deux citoyens américains ont été tués par des agents fédéraux lors d’opérations anti-immigration à Minneapolis le mois dernier.
Les autorités américaines refusent catégoriquement d’exclure la possibilité de raids ICE visant les immigrés sans papiers directement dans les stades de la Coupe du Monde. Imaginez la scène : vous venez encourager votre équipe nationale et vous assistez à une descente de police en plein match. Cette perspective glaçante n’appartient malheureusement plus au domaine de la fiction.
Des incidents récents qui alarment
La mort de Renee Good et Alex Pretti a déclenché des protestations massives à travers tout le pays. L’administration Trump a réagi en suggérant un « retrait progressif » des forces fédérales du Minnesota, mais uniquement si les autorités locales coopèrent. Cette approche conditionnelle ne rassure personne parmi les organisations de supporters qui préparent leur voyage.
Le président Trump a déployé des agents fédéraux et la Garde nationale dans plusieurs grandes villes américaines pour tenir sa promesse de campagne contre l’immigration illégale. Portland, Los Angeles et Chicago ont notamment connu des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, ainsi que des batailles juridiques menées par les municipalités démocrates.
Un flou sécuritaire sans précédent
L’absence totale de doctrine sécuritaire de la part de la FIFA constitue un autre sujet d’inquiétude majeur. Ronan Evain souligne qu’il n’existe « aucune clarté sur ce qui sera permis dans les stades, qui sera déployé à l’intérieur, quelles forces de police interviendront et où ». Cette situation paraît d’autant plus surprenante que la FSE dispose habituellement d’informations détaillées bien avant les grands tournois.
Le point le plus troublant concerne l’absence d’invitation des délégations policières étrangères, les fameux « spotters » qui accompagnent traditionnellement les supporters lors des compétitions internationales. Ces officiers jouent un rôle crucial de liaison entre fans et forces de l’ordre locales. Leur absence représenterait une première absolue dans l’histoire moderne de la Coupe du Monde.
La réponse de la FIFA
L’instance dirigeante du football mondial tente de rassurer en affirmant que la sécurité des fans constitue sa « priorité absolue ». La FIFA précise travailler étroitement avec les autorités locales « pour planifier, coordonner et mettre en œuvre des mesures de sécurité complètes pour le tournoi ». Elle indique également que le gouvernement américain invitera les nations participantes et les villes hôtes à déployer des représentants policiers au Centre International de Coopération Policière près de Washington.
Un Code de Conduite détaillant les règles applicables dans les stades serait disponible en ligne, conformément aux précédents événements FIFA. L’organisation cite la Coupe du Monde des Clubs 2025 organisée aux États-Unis comme « un exemple probant des mesures de sécurité en place ». Cette référence peine toutefois à convaincre face à l’ampleur inédite du tournoi mondial.
Le spectre du boycott
Le Parti Démocrate Européen a franchi un cap début janvier en évoquant la possibilité de demander aux fédérations nationales d’envisager un retrait du tournoi. Cette position radicale s’appuie sur « des inquiétudes croissantes concernant l’incertitude juridique et administrative, notamment le risque de décisions discrétionnaires en matière de visas et de contrôles frontaliers, ainsi que de pratiques potentiellement invasives impliquant les données personnelles et l’activité en ligne ».
Ces craintes semblent se matérialiser avec l’envoi d’agents ICE aux Jeux Olympiques d’hiver en Italie qui débutent le 6 février. Bien que le Département de la Sécurité Intérieure américain insiste sur le fait que toutes les opérations de sécurité restent exclusivement dirigées par les autorités italiennes, cette présence suscite la colère à Rome. Les agents n’effectueront pas de patrouilles et n’auront qu’un rôle « consultatif », mais le précédent inquiète pour la Coupe du Monde.
L’unité britannique de police du football confirme qu’aucune décision finale n’a été prise concernant la présence de spotters britanniques lors des matchs. Une task force spéciale supervise les préparatifs du tournoi, promettant « l’événement sportif le plus sûr et le plus accueillant de l’histoire ». Reste à savoir si ces assurances suffiront à dissiper les craintes légitimes des millions de supporters qui prévoient de traverser l’Atlantique cet été.
